Pourquoi la croissance en Belgique ralentit-elle ? “On risque d’avoir une année plus difficile que la moyenne de la zone euro”, estime l’économiste Philippe Ledent
Avec une croissance attendue à seulement 0,7 % en 2026, la Belgique figure parmi les économies les moins dynamiques de l’Union européenne. Comment expliquer ce retard et surtout, comment relancer la machine ? C’était le thème du débat de ce lundi soir dans Bonsoir Bruxelles, avec Philippe Ledent, senior economist chez ING, et Julien Duez, économiste au Centre de compétence Économie et Conjoncture de la FEB.
Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la croissance belge devrait atteindre 0,7 % en 2026. Un chiffre inférieur à la moyenne de l’Union européenne, attendue à 1,1 %, et à celle de la zone euro, à 0,9 %. À titre de comparaison, l’Espagne devrait enregistrer une croissance de 2,4 % et la Pologne de 3,5 %. L’Allemagne atteindrait 0,6 %, tandis que la France serait à 0,8 %.
Pourquoi un tel écart avec l’Espagne ?
Pour Philippe Ledent, il faut d’abord regarder l’évolution de la Belgique sur le long terme: “Le point de départ, c’est de dire qu’on est en panne de croissance. Il y a 15 ans, on avait une croissance de 2 % par an. Aujourd’hui, on est plutôt à 1 %. On a perdu 1 point de pourcentage chaque année“.
La comparaison avec l’Espagne doit toutefois être nuancée, estime l’économiste. Le pays a connu une longue période difficile après la crise de la dette. “Là, avec l’Espagne, on est plus dans la conjoncture. Après la crise de la dette, l’Espagne a traversé une longue période de désert. Mais si on prend les quinze dernières années, même si elle a une croissance plus élevée que nous, je préfère être en Belgique qu’en Espagne” déclare l’économiste.
Selon Philippe Ledent, l’une des explications réside notamment dans les réformes structurelles menées par plusieurs pays du sud de l’Europe après la crise : “Effectivement, les pays du sud de l’Europe sont ceux qui ont fait le plus de réformes structurelles durant la crise de la dette. Ces pays, aujourd’hui, se portent mieux” explique-t-il.
Entre dettes et investissements
Autre difficulté pour la Belgique : l’état de ses finances publiques. Le pays doit aujourd’hui composer avec un déficit important, tout en cherchant à soutenir son économie. “On a une situation des finances publiques qui est plus dégradée. Mettez un tableau avec les déficits budgétaires des pays européens, on est tout au bout du tableau avec la France” souligne Philippe Ledent.
Un double défi particulièrement complexe où il faut réduire la dette et le déficit tout en stimulant la croissance et l’investissement des entreprises. Un constat souligné par Fabrice Grosfilley lors du débat : “Il faut à la fois renflouer les caisses de l’État et diminuer notre endettement et, en même temps, si on veut de la croissance, il faut entre guillemets faire des cadeaux aux entreprises? ” demande-t-il. Pour l’économiste, cette situation est notamment la conséquence de plusieurs années durant lesquelles la Belgique n’aurait pas suffisamment traité ces deux problèmes de fond : “On aurait aimé ne pas avoir à faire les deux en même temps. À force d’avoir détourné le regard de la croissance économique, à force d’avoir détourné le regard de la santé des finances publiques, on est amené à devoir régler les deux problèmes en même temps“.
Or, ces deux objectifs peuvent entrer en contradiction à court terme, prévient Philippe Ledent. “Ces deux problèmes sont antagonistes puisque régler les problèmes de finances publiques à court terme a toujours un effet négatif sur la croissance, ce qui explique pourquoi on risque d’avoir une année plus difficile que la moyenne de la zone euro” conclut l’économiste.
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■ Une interview de Philippe Ledent et Julien Duez au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles