Aller au contenu principal
BX1

Le délai légal pour l’avortement au cœur d’une mobilisation à Bruxelles

L’allongement à 18 semaines du délai légal pour pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG) en Belgique a été au cœur d’une mobilisation organisée lundi devant le Palais de justice de Bruxelles, à l’occasion de la Journée mondiale du droit à l’avortement. L’action était menée par Médecins du Monde et les organisations partenaires de la campagne “Elles le feront quand même“.

En Belgique, le délai légal est actuellement fixé à 12 semaines après la conception. Un comité interuniversitaire et multidisciplinaire de plus de 35 experts a recommandé en 2023 de le porter à au moins 18 semaines. Il a également préconisé la suppression du délai d’attente obligatoire et la reconnaissance de l’IVG comme un soin de santé.

“On attend depuis plus de trois ans que le Parlement vote une loi qui soit en accord avec les recommandations des experts“, a déclaré Antigone Hatzfeld, médecin spécialiste de l’avortement et administratrice du GACEHPA (Groupe d’action des centres extra-hospitaliers pratiquant l’avortement). “Il y a eu un comité de plus de 35 experts de différentes disciplines et de différentes universités qui ont émis la proposition de 18 semaines et le gouvernement ne le suit pas“, a-t-elle regretté.

La ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) a défendu en juin un passage à 14 semaines et un délai d’attente ramené à 48 heures. Cette piste n’a pas permis de dégager de consensus au sein de la majorité. Les discussions ont été reportées à décembre.

►Lire aussi | Un centre de planning familial à Bruxelles vandalisé avec des messages anti-IVG

Pour Antigone Hatzfeld, ce délai de 14 semaines est difficilement compréhensible au regard du travail scientifique réalisé. La médecin, qui pratique elle-même des avortements, estime que le combat reste nécessaire en 2026. “En Europe, on voit que les lois sont en train de devenir de plus en plus fragiles autour de l’avortement. C’est vraiment quelque chose qu’il faut continuer à protéger et à faire évoluer.”

L’action entendait également attirer l’attention sur les conséquences des avortements non sécurisés dans le monde. Selon Médecins du Monde, une femme en meurt toutes les 13 minutes.
“L’avortement est un soin de santé essentiel”, a insisté Amélie Deprez, coordinatrice régionale Bruxelles pour Médecins du Monde. L’organisation défend une approche fondée sur la santé publique et rappelle que les restrictions légales n’empêchent pas les interruptions de grossesse, mais peuvent pousser des femmes vers des pratiques non sécurisées. “Les femmes le feront quand même“, a-t-elle souligné, en référence au nom de la campagne.

Médecins du Monde demande dès lors de lever les obstacles qui empêchent encore un accès effectif à l’IVG et plaide pour que les femmes puissent décider librement de poursuivre ou non une grossesse, dans un cadre médical sûr.

“Ce n’est pas l’avortement qui tue”, a souligné Lucie Barridez, coordinatrice de la plateforme Abortion Right et chargée de plaidoyer IVG au Centre d’Action Laïque (CAL). “C’est le recours à des techniques dangereuses, faute d’accès à un avortement de façon sûre, médicalisée.” Selon les organisations, plus de 400 femmes se rendent chaque année à l’étranger, notamment aux Pays-Bas, pour avorter au-delà du délai autorisé en Belgique.

Le CAL demande par ailleurs que le Parlement puisse débattre et voter librement sur les propositions relatives à l’IVG, sans conditionner une réforme à un consensus préalable au sein de la majorité.

Le Centre d’Action Laïque organise enfin lundi soir, avec ULB Santé, une conférence intitulée “Accès à l’IVG en Belgique: état des lieux et perspectives”, réunissant experts, professionnels de santé, acteurs de terrain et responsables politiques.

Belga