Isolé par un chantier qui se prolonge, le Petit Kings de Saint-Gilles craint pour son avenir : “La situation est totalement ubuesque”
Le petit comedy club saint-gillois est encerclé de travaux depuis bientôt un an. Et cette difficulté d’accessibilité se ressent dans les chiffres de fréquentation. Faute d’aide régionale, son gérant craint la fermeture à la fin de l’année.
Une salle, un bar, une trentaine de chaises, une petite scène et un micro. Depuis septembre 2023, c’est le cadre proposé au sein du Petit Kings de Saint-Gilles. Fondé par Fanny Ruwet, Cédric Vantroyen, Alex Vizorek, Nikoz et Juan Rodrigues, l’idée était de proposer une salle plus intime que son grand frère – le Kings Comedy Club situé à Ixelles et ouvert en 2012 – pour lancer des talents émergents du stand up ou permettre à des artistes de tester leur spectacle en plus petit comité.
Mais depuis un an, un chantier se prolonge rue Moris, sur le pas de la porte de la petite salle de spectacle. “Le lieu est devenu inatteignable en transports en commun et il est difficile d’y accéder en voiture“, explique Cédric Vantroyen, gérant du Petit Kings. “En un an, on a perdu 28% de chiffre d’affaire.” Une perte difficilement tenable pour un lieu culturel de cette taille.
Face à cette situation, en décembre 2025, le Petit Kings a demandé de l’aide à la Région dans le cadre de la “prime chantier”. Cette prime prévoit une indemnisation forfaitaire pour certains commerces bruxellois dont l’entrée est entravée par un chantier pendant au moins 29 jours consécutifs. Mais la réponse reçue cet été s’est avérée négative.
“La loi c’est aussi du bon sens”
Lors d’échanges de mail avec l’administration régionale, Cédric Vantroyen s’est vu opposer trois raisons différentes de non-éligibilité à cette prime, explique-t-il. “Il y a eu d’abord une question de délai pour introduire le dossier, puis une question de code NACE (ndlr : un système européen de classification qui sert à identifier et à catégoriser les différentes activités économiques des entreprises) puis enfin une question d’appellation selon laquelle nous ne serions pas un commerce. Nous ne demandons pas grand chose, simplement les 5.000-6.000 euros prévus par cette prime pour nous maintenir à flot“, détaille-t-il. Contactée, l’administration régionale Bruxelles Economie et Emploi confirme qu’une demande a été introduite, mais refusée pour des raisons de délai et de conditions à remplir.
“Nous comprenons que si nous prenons la loi à la lettre, nous ne sommes pas tout à fait éligibles, mais parfois la loi, c’est aussi du bon sens. Il est quand même clair que nous sommes un commerce ouvert tous les jours. La situation est totalement ubuesque“, déplore Cédric Vantroyen.
Un plan davantage adapté aux réalités économiques
Du côté du cabinet du ministre de l’Emploi et de l’Economie, Laurent Hublet (Les Engagés), on se dit conscient de la rigidité de certaines règles, qui pourraient être revues dans le cadre du plan Oxygen. “Ce plan est actuellement discuté avec les interlocuteurs sociaux, nos administrations et les partenaires de la majorité. Il prévoit notamment de revoir certains mécanismes de soutien aux entreprises pour vérifier qu’ils restent adaptés aux réalités économiques rencontrées sur le terrain“, explique-t-il. “Dans ce cadre, le régime d’indemnisation lié aux chantiers fait partie des dispositifs qui peuvent être réévalués. La pertinence du seuil de 29 jours, une éventuelle meilleure proportionnalité de l’intervention à la durée et à l’impact réel du chantier, ainsi que le périmètre des activités éligibles sont des éléments qui méritent d’être objectivés.”
Une porte ouverte pour un établissement tel que le Petit Kings ? Sur le long terme, peut-être, mais à l’heure actuelle, le gérant s’inquiète surtout pour l’avenir proche. “Les travaux sont prévus jusqu’à la fin de l’année, nous nous donnons jusque là pour évaluer la situation. Mais si cela perdure, le risque de fermeture est réel, et avec elle le départ de sept travailleurs et la perte d’un lieu culturel à Saint-Gilles.”
Victor de Thier – Photo : Petit Kings