Lydia Mutyebele Ngoi s’offusque de l’arrivée des Talibans à Bruxelles: “Une honte”
Lydia Mutyebele Ngoi était l’invitée de Bonjour Bruxelles ce mardi matin.
La Belgique a accordé lundi après-midi des visas à une délégation talibane appelée à participer à une mission auprès de la Commission européenne. Ces visas, valables pour une seule journée, ne permettent toutefois de circuler qu’en Belgique et non dans l’ensemble de l’espace Schengen. “C’est une véritable honte”, s’est immédiatement indignée la socialiste. “Ces cinq personnes ont finalement obtenu des visas parce qu’elles ne représentent pas un danger pour la Belgique. Le ministre des Affaires étrangères doit arrêter de se dédouaner. Nous sommes face à un gouvernement qui prétend défendre les droits humains tout en envoyant un haut fonctionnaire à Kaboul pour négocier avec les talibans.”
La venue de cette délégation à Bruxelles suscite la controverse depuis plusieurs semaines. En mai, la Commission européenne avait annoncé son intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles afin d’évoquer notamment la question du retour des migrants afghans.
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Selon le gouvernement fédéral, il était impossible de refuser ces visas. Un argument que Lydia Mutyebele Ngoi conteste fermement. “Les justifications avancées ne sont pas convaincantes. Nous avons consulté des juristes et, selon eux, le gouvernement De Wever n’était pas obligé de délivrer ces visas. Maxime Prévot a fait un choix politique. Je l’ai interpellé à ce sujet et il m’a répondu qu’à titre personnel, il était opposé à cette décision. Mais alors, où se situe la ligne rouge ?”
La secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Anneleen Van Bossuyt, estime pour sa part qu’il s’agit d’un mal nécessaire afin de pouvoir négocier le retour de ressortissants afghans. Un raisonnement que la députée rejette. “Parmi les 27 États membres de l’Union européenne, nous faisons partie de la minorité qui envoie un émissaire négocier avec les talibans. Nous parlons d’un régime autoritaire qui ne respecte pas les droits humains. La torture y est pratiquée, les droits des femmes y sont bafoués et certaines lois permettent encore aux hommes de battre leur épouse.”
Pour Lydia Mutyebele Ngoi, le gouvernement tient un double discours. “D’un côté, il affirme défendre les droits fondamentaux. De l’autre, il négocie avec un régime qui les viole quotidiennement.”
Un texte sur les minerais du Congo soumis au vote
Si la venue des talibans en Belgique fait grand bruit, la situation en République démocratique du Congo reste largement ignorée, déplore la députée. Entre les épidémies, les déplacements de population et les conflits armés qui ravagent l’est du pays, les crises se succèdent dans une relative indifférence. “Ce conflit dure depuis plus de trente ans et on en parle très peu. Des femmes sont violées, des populations déplacées et des villages entiers détruits. Tout cela à cause de la convoitise suscitée par les minerais de la région, tant de la part du président Paul Kagame que de différents groupes rebelles”, affirme-t-elle.
Pour répondre à cette problématique, Lydia Mutyebele Ngoi a déposé une résolution à la Chambre visant à renforcer la traçabilité des minerais dits sensibles. “Les minerais présents dans nos téléphones portables, nos batteries ou encore nos voitures électriques sont parfois extraits dans des conditions effroyables. Le Congo n’est pas le seul concerné : le Soudan est également touché. Nous voulons des chaînes d’approvisionnement plus transparentes.”
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La députée souhaite notamment que les entreprises soient davantage responsabilisées. “L’information se perd souvent au fil de la chaîne d’approvisionnement. Nous voulons établir une liste la plus exhaustive possible des minerais concernés, sous toutes leurs formes. Normalement, cette résolution devrait être adoptée puisqu’elle bénéficie notamment du soutien du MR.”
- Une interview de Lydia Mutyebele Ngoi par Fabrice Grosfilley dans Bonjour Bruxelles