
L’humeur de Vanessa Lhuillier – Le respect des traditions a un prix
Nous sommes le mardi 16 juin et dans 191 jours, vous savez ce qu’il se passe ? C’est le réveillon de Noël et oui, déjà. Ça fait encore quelques dodos, je vous l’accorde, ou alors vous vous offrez un très très grand calendrier de l’avant. S’il est avec des chocolats, vous allez prendre quelques kilos d’ici-là, mais que ne ferait-on pas pour patienter ? Plus sérieusement, si je vous parle de Noël alors que l’été n’a pas encore débuté, c’est parce que la crèche de la Grand Place fait reparler d’elle. Vous vous souvenez certainement de cette nouvelle installation de type tente de cocktail avec des personnages en tissu dépressifs parce qu’ils avaient perdu leur visage. Alors on le sait bien, l’humain n’aime pas le changement, surtout à Noël. La tradition, c’est sacré. On veut un sapin naturel avec des grosses boules et des guirlandes lumineuses, une crèche avec Marie, Joseph, l’âne, le bœuf et le petit Jésus qui y est déposé à minuit le 24 au soir, une dinde fourrée et un vieux tonton qui dirait que quand il parle de la dinde fourrée, il ne parle pas de mamie. Bref, surtout, il ne faut pas déroger aux règles ancestrales et cette crèche, on peut dire qu’elle a fait parler d’elle.
Je ne reviendrai pas sur les propos racistes qu’elle a malheureusement suscités, ni sur la guerre culturelle menée par une partie de la droite plus que populaire et surtout très conservatrice. Il vaut mieux les oublier, d’ailleurs, ça tombe bien, la mémoire a plutôt tendance à garder les bons souvenirs et à occulter les mauvais. Mais l’artiste qui a créé cette crèche, elle ne peut pas oublier les messages de haine qu’elle a reçus. Elle a donc demandé à la Ville de Bruxelles de ne pas remettre sur la Grand-Place la crèche payée 58.000 euros pour 5 ans. À la place, elle sera installée dans l’église Notre-Dame de Bon Secours. Ouf, la tradition est sauvée. Une crèche dans une église, quoi de plus conventionnel ?
Par contre, à propos de convention, qu’en est-il de l’argent ? Parce que la Ville, elle avait signé un contrat pour 5 ans. L’artiste, va-t-elle rembourser au prorata du nombre de jours d’utilisation ? Ou alors gardera-t-elle la somme pour en faire don à une association ? Nous verrons si les miracles de Noël existent encore comme le veut la tradition…