
L’humeur de Vanessa Lhuillier – Cachez ces migrants, loin, très loin de l’Union européenne
Je suis assez de mauvaise humeur ce matin. Tout cela à cause d’un accord conclu entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne. En juillet, les députés européens voteront sur la possibilité de création de hubs de retour dans des pays extérieurs à l’Union. Et si cet accord a pu passer, c’est notamment grâce aux votes des députés d’extrême droite. Alors il y a deux choses qui me paraissent aller contre l’histoire et contre les valeurs que je pensais être celles défendues par l’Union européenne. S’allier avec l’extrême droite pour faire passer un texte très dur sur la politique migratoire, n’est-ce pas oublier notre histoire ? La raison même de la création de l’Europe politique au-delà de l’Europe commerciale ?
Ensuite, on parle de hubs de retour pour des personnes entrées illégalement sur le sol européen. Actuellement, entre 20 et 30 % des ordres de quitter le territoire sont effectifs. Dans l’ensemble de l’Union européenne, près de 400.000 personnes vivent avec cette épée de Damoclès sur la tête. Quand on parle de retour, on imagine que cela devra être vers le pays d’origine. Seulement, dans la majorité des cas, il ne s’agit pas de pays avec un régime démocratique. Quand même, l’Union européenne ne va pas faire cela. À la place, elle préfère envoyer ses illégaux au Rwanda, en Ouganda ou en Ouzbékistan. Des pays particulièrement ouverts. Rappelons que le Rwanda est dirigé par le même homme depuis plus de 30 ans et que certains n’hésitent pas à le qualifier de dictateur ; l’Ouganda condamne à mort les homosexuels et l’Ouzbékistan est un régime autoritaire sans réelle séparation des pouvoirs dans les faits. Mais ces pays sont jugés compatibles avec les valeurs européennes. J’ai dû louper un épisode.
En plus, les personnes qui seront renvoyées n’ont aucun lien avec ces pays hôtes et se retrouveront coupées de tout leur réseau, sans possibilité d’avenir. Bien sûr chaque membre de l’Union européenne a le choix. La Belgique décidera-t-elle de mettre en place ces hubs ou plutôt ces camps pour migrants, loin, très loin, pour éviter de les voir ? Sans surprise, la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, tout comme le MR et le CD&V sont pour. Vooruit se tâte et les Engagés s’y opposent. Conclusion, la Belgique s’abstiendra lors du vote définitif au Parlement européen en juillet prochain, faute d’accord en interne. Mais à coup sûr, le débat reviendra sur la table de l’Arizona qui devra alors se rappeler toutes les valeurs fondamentales de l’Europe. Mais je ne suis pas certaine qu’un historien à la barre suffise cette fois.