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“Il y a une intolérance à la délinquance qui s’est aggravée” : la surpopulation carcérale atteint un niveau critique

La surpopulation carcérale atteint un niveau critique en Belgique, poussant des centaines de détenus à dormir au sol et accentuant la pression sur le personnel pénitentiaire. Mohamed Bercha, Président CSC Prison à la zone de Bruxelles et Vincent Spronck, directeur à la prison de Saint-Gilles et président de la fédération francophone des directeurs de prison, sont revenus sur les conséquences de cette surpopulation dans l’émission Bonsoir Bruxelles ce mardi.

La Belgique fait face à une aggravation sans précédent de la surpopulation dans ses prisons. Selon le dernier rapport annuel du Conseil central de surveillance pénitentiaire, près de 14.000 détenus étaient incarcérés dans le pays fin 2025, alors que les établissements pénitentiaires ne disposent que d’environ 11.000 places.
En deux ans, la population carcérale a bondi de 21 %. Le nombre de détenus est ainsi passé de 11.053 en 2023 à 13.363 aujourd’hui. Une hausse que les infrastructures existantes peinent à absorber.
Les conséquences sont directes : le taux de surpopulation atteint désormais près de 20 % dans les prisons belges. Une situation qui entraîne des tensions croissantes au sein des établissements, complique le travail du personnel pénitentiaire et détériore les conditions de détention.
Depuis le mois d’avril, 763 détenus sont contraints de dormir sur des matelas posés à même le sol, faute de lits disponibles. Une réalité dénoncée par le Conseil central de surveillance pénitentiaire, qui réclame l’instauration d’une capacité maximale obligatoire pour chaque prison ainsi que l’interdiction formelle de faire dormir des détenus par terre.

Quelles solutions face à la surpopulation carcérale ?

Mohamed Bercha, président CSC Prison pour la zone de Bruxelles, estime que la construction de nouvelles prisons ne résoudra pas le problème : “La surpopulation, on l’a toujours connue. Vous construisez, vous remplissez. C’est un vaste communicateur qu’on connaît depuis une vingtaine d’années“, explique-t-il. Pour le syndicaliste, l’exemple de la prison de Haren illustre les limites de cette politique. Construite pour remplacer les établissements vétustes de Forest et Saint-Gilles, la prison fait aujourd’hui face aux mêmes difficultés : “On constate quand même qu’avec la surpopulation, elle a la même vétusté, les nuisances, les rats qu’on a connus à Forest. Construire une nouvelle prison n’est pas une solution“.

Ce dernier plaide plutôt pour des alternatives axées sur la réinsertion : “Il faut penser autrement, penser à la formation, à l’éducation. La première cause en prison, c’est la récidive parce qu’il n’y a pas de perspective pour les prisonniers. Rien ne les attend à l’extérieur” analyse-t-il.

Dans ce contexte, la ministre de la Justice Annelies Verlinden envisage de louer des places de prison dans d’autres pays européens pour certains détenus, notamment des personnes en séjour illégal. Une piste qui suscite de nombreuses interrogations chez Vincent Spronck, directeur de la prison de Saint-Gilles : “Ça dépend dans quel pays. Est-ce que ce sont des pays qui relèvent du Conseil de l’Europe et où on peut s’assurer que les conditions sont conformes à la Convention européenne des droits de l’homme ?“, questionne-t-il.

Le directeur rappelle également les enjeux humains et juridiques liés à l’éloignement des détenus : “Le droit belge prévoit des visites, le droit à la défense. Mais si ces gens sont aussi loin de leur réseau, est-ce que c’est possible ? J’en suis pas sûr“.

“Plus on construit, plus on enferme”

Au-delà de la question des places disponibles, Vincent Spronck remet en cause la politique pénale menée depuis plusieurs décennies : “Ouvrir de nouvelles places, c’est continuer la construction de nouvelles prisons qui ne répondent à rien. Plus on construit, plus on enferme” explique-t-il. Selon lui, les chiffres démontrent l’échec de cette logique : “On a construit 24 % de places en plus en quinze ans, et le taux de surpopulation a quand même doublé malgré les nouvelles places. Il y a un appel d’air qui est réel“.

Le directeur de Saint-Gilles estime surtout que la hausse du nombre de détenus ne reflète pas nécessairement une explosion de la criminalité: “En 1991, il y avait 6.000 détenus. Aujourd’hui, 13.700. Il ne faut pas dire que la délinquance a doublé. Les chiffres de la délinquance diminuent. Ça veut dire qu’il y a une intolérance à la délinquance qui s’est aggravée et qu’on répond beaucoup plus facilement en mettant en prison qu’avec des systèmes qui fonctionnaient avant, comme les peines de moins de trois ans“.

Cette crise carcérale intervient dans un contexte déjà tendu pour l’administration pénitentiaire. Le directeur de la prison de Haren, Jurgen Van Poecke, a annoncé le 11 mai dernier qu’il quitterait ses fonctions à la fin du mois de mai. 

► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h

■ Une interview de Mohamed Bercha et Vincent Spronck  au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles

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