Le Palais Stoclet ouvrira-t-il bientôt ses portes au public ? Région et propriétaires s’opposent devant la Cour constitutionnelle
Propriété privée mais aussi patrimoine culturel, le Palais Stoclet situé dans le haut de l’avenue de Tervuren est au centre d’un litige entre ses propriétaires et la Région bruxelloise depuis près de vingt ans. Cette dernière souhaite l’ouvrir au public, mais les héritiers d’Adolphe Stoclet continuent de s’y opposer. En 2024, le Parlement bruxellois a voté une ordonnance portée par la secrétaire d’État en charge du Patrimoine, Ans Persoons (Vooruit), qui vise à permettre la visite de ce bâtiment de style Art Nouveau construit au début du 20e siècle à raison de quinze jours par an. Un recours a néanmoins été introduit dans la foulée par la famille auprès de la Cour constitutionnelle pour l’en empêcher, rapporte le journal L’Echo.
Lors de l’audience qui s’est déroulée ce mercredi, la défense a tenu cette ligne : la famille vivrait cette ouverture comme une privation de liberté individuelle, mais aussi une violation du droit de propriété. Elle souhaite que ce bâtiment, bien qu’exceptionnel, soit considéré comme une maison familiale à laquelle les héritiers sont tous très attachés et s’y sentent chez eux. Les avocats de la famille ont également pointé la fragilité des lieux et les risques de dégradation en cas d’ouverture, d’autant plus que le nombre de visiteurs potentiels n’est pas défini par l’ordonnance, ni les indemnisations en cas de dégâts.
D’un autre côté, la famille perçoit tout de même des subsides. Entre 2007 et aujourd’hui, elle aurait touché un peu plus d’un million d’euros de la Région pour des travaux, selon L’Echo. Mais pour la défense, cet argent est versé car le bâtiment est classé et non en échange de son ouverture.
Une alternative virtuelle ?
Pour éviter cette ouverture publique, la défense propose une alternative virtuelle. Une modélisation 3D des lieux a été réalisée en 2023 par des chercheurs de l’ULB. Elle pourrait, selon la famille, permettre la visite des lieux autrement.
De leur côté, les avocats de la Région bruxelloise estiment que cette demande d’ouverture quinze jours par an n’est pas démesurée, surtout dans le cas d’un bâtiment classé sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Selon les travaux préparatoires de l’ordonnance, la Région agit dans l’idée de rendre des biens culturels d’exception accessibles à tous.
À noter que le litige autour de ce bâtiment n’est pas neuf. En 2005 déjà, la Région bruxelloise a souhaité classer les meubles du Palais. La famille s’y était opposée, mais n’avait finalement pas obtenu gain de cause, la Cour de Cassation ayant rendu un arrêt donnant raison à la Région en 2013.
Les débats clôturés, la Cour constitutionnelle doit à présent rendre sa décision quant au respect ou non des droits fondamentaux de cette ordonnance.
BX1 – Photo : Belga