Le Sénat approuve la première étape de sa disparition après une séance à rebondissements
Le Sénat a approuvé vendredi en séance plénière une modification transitoire de l’article 195 de la Constitution, première étape du processus qui doit mener à la suppression de l’assemblée.
La séance a été longue et a réservé son lot de surprises. En début d’après-midi, après plus de quatre heures de débat, elle s’est interrompue à la surprise générale. Le MR a demandé une suspension avant de quitter l’hémicycle, suscitant la colère de plusieurs partis flamands pressés de voter. Les libéraux voulaient être sûrs des résultats du scrutin avant de se prononcer. L’accord de majorité Arizona énonce que les réformes institutionnelles ne peuvent pas être obtenues grâce au soutien des formations extrémistes, soit le Vlaams Belang et le PTB. Or, les communistes ont laissé plané le doute sur leur choix.
Le résultat du vote était également inattendu. La révision devait recueillir une majorité des deux tiers. Elle a été acquise par 36 voix pour, 8 voix contre et 14 abstentions. Mais la majorité s’est fissurée. Le MR s’est abstenu, à l’exception de la sénatrice germanophone Liesa Scholzen qui a voté contre. Chez les Engagés, la cheffe de groupe Anne-Catherine Goffinet s’est abstenue. Les autres sénateurs centristes ont voté pour.
Dans l’opposition, le PTB s’est abstenu, alors que deux des trois sénateurs écologistes ont voté contre (Celia Groothede et Hajib El Hajjaji). Le PS a également voté contre. Anders a par contre voté pour la révision.
Au total, le vote n’a donc recueilli que quatre voix francophones, auprès des Engagés, et n’a pu passer que grâce à une voix du Vlaams Belang, selon les comptes faits à l’issue de la séance: 29 voix pour étaient nécessaires, et les partis démocratiques n’en recueillaient que 28.
“Une majorité à la botte des nationalistes flamands“
Le malaise était visible chez les Engagés. “Le Premier ministre s’était engagé à prendre les contacts nécessaires avec les autres formations politique. Quand j’ai entendu le PS (qui a dénoncé l’absence de discussions pour tenter de former une majorité spéciale), je me pose des questions sur cette méthode“, a souligné Mme Goffinet.
Au MR aussi, le ton était lourd de reproche. “Une fois mais pas deux”, a dit Jean-Paul Wahl après le vote. “C’est un signal, il convient que dans la majorité, on soit respecté“. Les libéraux francophones s’étaient montrés clairs: le texte ne pouvait pas passer grâce au soutien du VB et du PTB. S’ils ont demandé une suspension de séance, c’était pour s’en assurer. Les partis flamands ont très mal pris la requête, “ce n’était pas le signal que l’on attendait“.
“C’est une rupture du cordon sanitaire“, s’est exclamé Anne Lambelin (PS) à l’issue du vote. “Et quand on regarde le vote, seulement quatre francophones ont voté pour, quatre Engagés. Cela en dit long sur l’état de santé cette majorité et montre à quel point elle est à la botte des nationalistes flamands. Dès le départ, si on avait mené un travail un peu sérieux, si l’on avait tenu des auditions, on n’en serait pas là. Procéder à une telle réforme, sans consolider une majorité spéciale, c’est voué à l’échec“.
Belga