“Le manque d’organisation était criant, mais le manque d’humanité l’était encore plus”
Dix ans après les attentats qui ont frappé Bruxelles, les commémorations à la station de métro Maelbeek ont résonné d’une émotion rare. Parmi les voix qui se sont élevées, celle de l’épouse et de la fille de Yves Cibuabua-Ciyombo, 27 ans au moment des faits, mort ce jour-là en se rendant à son travail.
C’est la première fois que la veuve assistait aux commémorations, accompagnée de leurs deux filles de 13 et 14 ans. Elle a décrit un homme lumineux, “un véritable rayon de soleil qui réunissait les gens”, titulaire d’un master, qui travaillait comme intérimaire dans une banque faute d’avoir décroché un poste stable.
Mais au-delà de l’hommage, le discours de son épouse était aussi celui d’une femme qui, dix ans plus tard, porte encore la blessure d’une gestion de crise qu’elle juge indigne. “Le manque d’organisation était criant, mais le manque d’humanité l’était encore plus”, a-t-elle déclaré.
Elle a rappelé les heures qui ont suivi l’attentat : les familles renvoyées chez elles sans aucune prise en charge, un infirmier de l’hôpital militaire lui criant dessus alors qu’elle cherchait des nouvelles de son mari, et enfin l’annonce de son décès — apprise par une liste affichée sur une porte, trois jours après les faits. “Depuis le 22 mars 2016, je suis en survie”, a-t-elle dit simplement.
Elle a également évoqué sa confrontation avec un expert judiciaire qui avait comparé l’assassinat de son mari à la mort naturelle de son beau-père. Une comparaison qu’elle a réfutée avec des mots d’une force rare, décrivant le quotidien de ses filles grandissant sans père : les larmes soudaines à l’arrière de la voiture, les fêtes des pères sans destinataire, le regard sur les autres enfants rejoints par leur papa à la sortie de l’école.
“Je vous demande à tous de laisser votre ego de côté avant de prendre des décisions”, a-t-elle lancé aux responsables politiques et institutionnels présents. “Demandez-vous si vous prendriez ces mêmes décisions si elles pouvaient vous impacter vous-même ou vos propres enfants.”
Après sa mère, la cadette, qui avait trois ans le jour de l’attentat, a pris la parole. Elle n’a aucun souvenir de son père, qu’elle ne connaît “que par les histoires et les photos”.