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10 ans après les attentats de Bruxelles : Life for Brussels dénonce l’abandon des victimes

La Belgique se souvient des victimes des attentats

À l’aube de la dixième commémoration des attentats du 22 mars 2016, l’association de victimes Life for Brussels hausse le ton et accuse l’État d’avoir abandonné les survivants depuis une décennie. “Commémorer sans protéger est un acte incomplet”, affirme l’organisation, qui dénonce la contradiction entre les hommages officiels et “un système qui asphyxie les victimes le reste de l’année”.

Dans une réaction transmise à Belga, Life for Brussels estime que l’indulgence accordée au lendemain des attaques n’a plus lieu d’être. “Si l’impréparation pouvait s’expliquer en 2016, l’inaction en 2026 constitue une faute politique majeure”, souligne l’association.

Si la volonté de l’État s’est parfois manifestée, notamment via la Commission d’enquête parlementaire, le bilan de la mise en œuvre de ses recommandations est jugé “accablant”. Selon Life for Brussels, sur 46 mesures prioritaires, seules sept ont été pleinement concrétisées, 30 sont restées lettre morte et neuf n’ont jamais abouti.

L’association relève toutefois quelques signaux jugés encourageants ces derniers jours. Elle indique avoir été reçue par le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), et avoir établi des contacts avec les cabinets du Premier ministre et de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V).

Une réunion est prévue vendredi. Forte de plus de 700 membres, l’association y réitérera ses revendications. “Nous gardons espoir, tout en restant lucides. Cela fait des années que nous demandons des choses sans être entendus. Nous espérons que cela changera”, résume Jamila Adda, de Life for Brussels.

La mise en place d’un fonds de garantie

La principale revendication concerne la création d’un fonds de garantie, promis par les autorités afin de simplifier le processus d’indemnisation. Ce mécanisme permettrait à l’État d’indemniser directement les victimes avant de se retourner vers les assureurs pour récupérer les montants avancés. Recommandé par la Commission d’enquête parlementaire, ce fonds semble toutefois aujourd’hui “avoir été rayé de l’agenda politique”, déplore l’organisation.

En l’absence de ce dispositif, l’État a mis en place un “guichet unique”, que Life for Brussels décrit comme une “coquille vide”, se limitant à un rôle d’information sans alléger la complexité des démarches. L’association rappelle que cette structure devait initialement constituer une solution transitoire, dans l’attente de la création du fonds de garantie, à l’image de ce qui existe notamment en France.

“En substituant un simple bureau d’information à une véritable structure de réparation, l’État ne simplifie rien, il pérennise un obstacle à la reconstruction des survivants”, pointe-t-elle.

Aujourd’hui, les procédures sont devenues si opaques et techniques qu’il est devenu quasi impossible pour une victime de s’en sortir sans l’assistance permanente d’un avocat spécialisé.

La fin des demandes de récupération du Service des Pensions

Life for Brussels dénonce également les procédures “totalement illégales” de récupération de pensions menées par le Service des Pensions. Selon l’organisation, l’État réclame le remboursement de sommes versées depuis plusieurs années, plongeant certaines familles dans la précarité.

Concrètement, le Service des Pensions procède à des déductions sur la base des indemnités d’assurance perçues par les victimes, alors que les engagements pris à l’époque prévoyaient que seule l’incapacité personnelle devait être prise en compte. Life for Brussels juge cette interprétation de la loi “juridiquement contestable et humainement dévastatrice” et demande au gouvernement un signal clair et immédiat pour mettre fin à ces pratiques.

L’association réclame également une révision immédiate de la loi concernant le statut des ayants droit, et plus particulièrement des enfants à charge. Un enfant, âgé d’un an et demi au moment des faits et seul ayant droit à charge, risque ainsi de perdre sa pension à sa majorité, contrairement aux ayants droit adultes, indemnisés à vie. “Laisser une seule victime de côté constitue une discrimination inacceptable. On ne peut pas l’abandonner”, insiste Jamila Adda.

Le rôle de l’office médico-légal de l’État belge

L’organisation met également en cause le rôle du Medex, l’office médico-légal de l’État, accusé de “mépriser les victimes” et de sous-évaluer systématiquement leurs séquelles. Elle lui reproche de ne pas respecter la loi, notamment en ne réévaluant pas les atteintes physiques lors des révisions quinquennales.

Les pratiques de certains médecins experts mandatés par les compagnies d’assurances sont également vivement critiquées. Life for Brussels évoque des comportements de harcèlement et d’humiliation à l’égard des victimes, citant le suicide de Katarina Viktorsson comme un “symbole tragique” de ces dérives. “Ce système ne répare pas, il achève les survivants”, estime l’association.

Les “grands oubliés” de la décennie

Life for Brussels déplore enfin l’absence de prise en charge pour les “grands oubliés” de cette décennie : d’une part les mineurs traumatisés, souvent orientés vers des experts jugés inadaptés, et d’autre part les premiers intervenants – policiers, pompiers, secouristes – ne bénéficiant d’aucun statut spécifique malgré des séquelles comparables à celles des victimes directes.

“Nous exigeons que l’État reconnaisse enfin que la qualité de victime englobe tous ceux dont la vie a été brisée”, insiste l’association. Dimanche, ce seront des enfants du 22 mars et un premier intervenant qui déposeront la gerbe de Life for Brussels devant le monument en hommage aux victimes.

“La reconnaissance ne se mesure pas à la hauteur des monuments, mais à la qualité de l’accompagnement juridique, financier et humain offert à ceux qui restent”, conclut l’organisation, qui appelle le gouvernement à transformer l’émotion de ce dixième anniversaire en “un sursaut politique immédiat pour finaliser les réformes promises”.

Belga

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