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L’humeur de Fanny Rochez – L’Ecume de nos jours

Je suis allée voir une pièce au Théâtre royal des Galeries. Plutôt confo comme théâtre. Outre l’idée de la sortie, je me suis dit qu’il y avait là un signe. J’avais lu ce livre “L’Écume des jours” de Boris Vian. J’avais peut-être même dû l’analyser en secondaire puisqu’il fait partie des classiques du cours de français. Par contre ça, je ne me souviens pas de cette analyse… Puis, je me suis souvenue qu’à l’unif, j’ai koté au-dessus d’une salle à Louvain-la-Neuve baptisée “l’Écume des jours”. Enfin, je suis retombée sur le livre dans ma bibliothèque. Ça devait être le destin. J’avais été frappée par le poumon de Chloé dans lequel pousse un nénuphar, j’avais été enivrée par l’amour fou de Colin, j’avais été fascinée par ces jeunes qui se cultivaient et se gavaient de culture sans jamais travailler et qui dépensaient sans compter. Je n’avais gardé que le positif d’une fable onirique pleine de couleurs et de bonheur. Depuis cette semaine, j’y réfléchis, chaque jour. La pièce ne me quitte pas, les notes de musique de Duke Ellington non plus… Et sans doute avec la maturité, j’ai ressenti l’envie de décrypter le texte superbement bien écrit de Boris Vian sous un angle critique et philosophique. J’ai fait aussi quelques recherches… Cette maladie du poumon causée par un nénuphar qui provoque la mort de Chloé, elle représente en réalité la tuberculose qui faisait partie de nombreux ouvrages d’art comme des opéras. C’était considéré comme une belle maladie dans les années 50, et Boris Vian a écrit cette fable en 1947, une maladie noble et digne. Pas comme la syphilis. Quant au nénuphar ou Nymphéas (comme dirait Monet), c’est une fleur macabre. Il y a de nombreuses connotations liées à cette plante aquatique qui vit dans les marais, c’est la fleur du mal. Sans Chloé, Colin perd sa propre vie, à cause de la cruauté de la maladie. L’idylle disparaît comme de l’écume…

C’est une tragédie si moderne et surréaliste qui explore pourtant une thématique si réelle : la déshumanisation par le travail et l’argent. Colin est rentier au début, il dépense son argent en le donnant à son ami, en le dépensant pour son mariage et sa voiture, il se ruine et doit travailler dans des usines où il couve des armes. Cela symbolise la perte de dignité et l’absurdité de la productivité. Au fur et à mesure que Chloé s’affaiblit, l’appartement de Colin rétrécit, illustrant physiquement l’étouffement psychologique. Boris Vian aurait cette année 126 ans. Et ne trouvez-vous pas que ces métaphores sur fond de jazz sont cruellement d’actualité ? Je comprends mieux pourquoi cela m’a occupé sans cesse l’esprit… L’œuvre finalement parle de la nécessité d’aimer face à un monde absurde. Alors, je me suis dit que je ne devais en garder que l’innocence joyeuse de l’Écume des jours comme un nénuphar qui flotte à la surface.

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