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Les dossiers pour islamophobie ont légèrement augmenté en 2019

Lundi 21 septembre est la journée européenne contre l’islamophobie et le début de la semaine bruxelloise d’actions contre la haine et l’islamophobie menée par le Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB). C’est aussi l’occasion pour l’association de faire le point sur les dossiers ouverts pour islamophobie.

En 2019, le CCIB a reçu moins de plaintes. En tout, 54 dossiers ont été transmis à Unia (ex-centre pour l’égalité des chances) et 108 ont été traités par le CCIB contre 67 et 120 en 2018. Sur les 108 requêtes traitées par le centre, 80 dossiers traitaient réellement d’islamophobie,un fait que l’ASBL définit comme étant “l’ensemble des actes de violence (propos haineux, harcèlement, discrimination, crimes et délits de haine) qui visent au moins une personne, un bien ou une institution en raison de son appartenance, réelle ou supposée, à la religion musulmane. Cette violence peut être verbale, psychologique, physique et/ou économique.”

Afin d’être plus efficace, le CCIB travaille en partenariat avec Unia qui a aussi plus de recul sur les phénomènes de discrimination. Ainsi depuis 2011, on constate tout de même une tendance à la hausse.

Dans 90% des cas, les faits touchent des femmes. Sur les 80 dossiers traités l’an passé par le CCIB, on voit que dans 26% des cas, les plaintes concernent le monde du travail puis viennent l’enseignement (22%), la vie en société (20%) et les médias/internet (12,5%). 48% des cas ont eu lieu à Bruxelles, 23% en Wallonie, 3% en Flandre et 18% dans le monde virtuel.

On remarque également que les signalements augmentent lors d’événements spécifiques. Ainsi, après l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, les langues se sont déliées et le CCIB a constaté une hausse des appels. Dans la majorité des cas, il s’agit de faits de discrimination (51%) mais dans 16%, on a une incitation à la haine voire des délits de haine.

Par exemple, entre janvier et fin mars 2019, 5 femmes ont été agressées à Bruxelles. En juin 2019, le CCIB a reçu des menaces. En juillet 2019, une agression a eu lieu à Deurne. En septembre 2019, des tags islamophobes et croix gammées ont été constatés sur la voiture d’une femme musulmane. En octobre 2019, une tête de cochon a été découverte devant le domicile d’une famille musulmane. En novembre 2019, un employé portant une barbe a été victime d’agression physique par deux collègues.

Une dimension institutionnelle

Dans 43,8% des cas, la puissance publique est l’auteur du rejet ou de la violence. Il peut s’agir de propos haineux de la part de politique; l’interdiction du foulard dans l’enseignement supérieur, dans les hôpitaux ou laboratoires, pour des formations d’emploi…“Constater que plus de 4 dossiers sur 10 sont le fait de la puissance publique est très interpellant car il illustre le caractère institutionnel et structurel de l’islamophobie dans notre pays. L’Etat est le garant de la Constitution et de l’égalité réelle. Constater que celui-ci soit à l’origine d’actes de rejet ou discriminatoire, alors qu’il a un rôle de faire respecter les lois et de montrer l’exemple est profondément choquant”, explique le CCIB.

Cependant, ces données sont à relativiser puisque les plaintes sont en réalité assez rares.

Une campagne pour l’inclusion

Le Centre contre l’islamophobie en Belgique souligne quand même certains changements dans la société. Ainsi, la levée de l’interdiction du port du foulard dans les écoles de promotion sociale ou supérieures dépendant de la Cocof par le gouvernement bruxellois va dans le sens d’une inclusion. Actiris tente aussi de soutenir les personnes victimes de discrimination dans leur recherche d’emploi.

Pour le CCIB, il faudrait renforcer les espaces d’écoute et de paroles des personnes qui s’estiment victime d’actes de rejet. Il serait important de travailler à une méthode harmonisée dans la collecte des données à propos de l’islamophobie, reconnaître les personnes musulmanes (et notamment les femmes portant un foulard) comme un groupe cible fragilisé et victime de discriminations intersectionnelles afin de développer des politiques inclusives visant à leur participation effective dans les domaines clés et sensibiliser les médias et les responsables politiques.

Pour aller dans cette voie, le centre organise de nombreuses conférences durant la semaine du 21 septembre. A cause du coronavirus, elles seront retransmises en live Facebook sur la page du CCIB.

Vanessa Lhuillier – Photo: BX1

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19 septembre 2020 - 08h00
Modifié le 20 septembre 2020 - 10h49