Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? “Les droits de l’enfant s’appliquent aussi au numérique”
Faut-il limiter l’accès des jeunes de moins de 15 ans aux réseaux sociaux ? C’était la question posée lors du débat de ce mardi soir, dans Bonsoir Bruxelles. Damien Van Achter, expert en technologies et Solayman Laqdim, délégué général aux droits de l’enfant, se sont mis d’accord sur le sujet. Les deux invités plaident pour une éducation aux médias plutôt qu’une interdiction.
Limiter l’accès des jeunes de moins de 15 ans aux réseaux sociaux est une piste désormais soutenue par le gouvernement Arizona, favorable à un encadrement plus strict afin de protéger les mineurs face aux usages excessifs du numérique. Actuellement, l’âge minimum théorique pour accéder aux réseaux sociaux est fixé à 13 ans. En dessous de cet âge, les mineurs doivent, en principe, disposer de l’autorisation parentale pour le traitement de leurs données à caractère personnel.
Pour le délégué général aux droits de l’enfant, Solayman Laqdim, l’accès aux réseaux sociaux relève d’un droit fondamental. Il renvoie toutefois la responsabilité des contenus potentiellement dangereux aux plateformes elles-mêmes : “Les droits de l’enfant s’applique à l’environnement numérique. Il faut davantage de protection mais moi, j’insiste régulièrement pour qu’on contraigne les plateformes. Ce n’est pas aux enfants et aux familles de s’adapter à un environnement numérique dans lequel il y a tout une série de dangers” explique-t-il.
Un constat partagé par Damien Van Achter. Selon l’expert en technologies, une interdiction pour les moins de 15 ans risquerait de faire peser l’ensemble de la responsabilité sur les parents: “Ce qui est pervers dans l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans est qu’on fait reposer toute la responsabilité sur les parents alors que les plateformes et les algorithmes ont les moyens de pouvoir limiter les contenus. Il existe déjà des modes “jeunes” sur certains réseaux. Mais par défaut, ils ouvrent la plateforme au plus grand nombre. Si vraiment on veut limiter l’accès, il faut utiliser It’s me pour s’authentifier“, avance -t-il.
Dans cette volonté gouvernementale de limiter l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, un obstacle majeur persiste, celle de la compétence européenne. La majorité des plateformes sont basés en Irlande et échappent, en grande partie, au droit belge. Sans cadre commun, toute interdiction nationale reste juridiquement fragile. Dès lors, une régulation des plateformes à l’échelle européenne apparaît comme une alternative plus crédible. “Le marché européen, c’est 450 millions d’ utilisateurs. Ils ont besoin de nous car leur modèle économique est basé là-dessus et nous avons les armes juridiques pour faire appliquer une réglementation. Le marché a horreur du vide, c’est-à-dire que si les plateformes décident de partir et de jouer sur cette corde là, le marché décidera à un moment donné de proposer autre chose“, assure Damien van Achter.
Solayman Laqdim, insiste, de son côté, sur l’importance de la conscientisation : “Il y a tout une série de bonnes choses dans l’environnement numérique qu’il faut prendre et puis, il faut dénoncer avec beaucoup de force toutes les dérives qu’il y a dans cet environnement numérique“, souligne-t-il.
Dans ce contexte encore incertain, la France a, quant elle, engagé une procédure accélérée pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec une loi annoncée comme applicable dès la rentrée prochaine.
■Interview de Damien Van Achter et Solayman Laqdim dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et de Jamila Saidi M’rabet
La Rédaction