Quel bilan après un an de coalition Arizona ? “Ce que ce gouvernement a vraiment fait, c’est mettre la barre à droite”
Un an après son entrée en fonction, la majorité Arizona revendique un rythme soutenu de réformes. Pour dresser ce constat, Bonsoir Bruxelles recevait ce mercredi Dorian De Meeûs, rédacteur en chef de La Libre Belgique, et Martine Dubuisson, cheffe adjointe du pôle pouvoirs au sein de la rédaction du Soir.
Parmi les réformes emblématiques figure celle du chômage. Adoptée à la Chambre en juillet 2025, elle limite désormais la durée des allocations à un maximum de deux ans. Depuis le 1er janvier, une première vague d’exclusions a déjà touché près de 25 000 demandeurs d’emploi bruxellois. Les CPAS ont commencé à accueillir ces premiers exclus du système, tandis que d’autres vagues sont attendues en mars et en avril. Une mesure aux conséquences sociales lourdes, qui cristallise les critiques des syndicats et du monde associatif.
Sur le plan fiscal, le gouvernement avance également, mais non sans heurts. Les compromis internes à la majorité rendent parfois les décisions difficiles à lire, selon Dorian De Meeûs. “On a parfois l’impression que les décisions qui sont prises sont faites de bric et de broc. Il y a des compromis tellement compliqués à trouver, notamment sur la TVA, que finalement, au lieu d’augmenter d’un pourcent pour faire plaisir au président du MR, on fait quelque chose de très complexe, qui devient illisible et inexplicable“, analyse-t-il.
Au-delà des politiques publiques, le style et l’équilibre des forces au sein de la coalition interpellent également. Le rôle de Bart De Wever, figure centrale de la majorité, semble avoir évolué depuis son arrivée au pouvoir. “C’est une personnalité beaucoup plus forte, avec une envergure importante. Je pense aussi qu’il s’est rendu compte que le côté international, européen, mais plus largement encore, lui plaît beaucoup. Il se donne aujourd’hui une autre image que celle qu’il avait au départ“, observe Dorian De Meeûs.
Sur le terrain social, en revanche, le climat est loin d’être apaisé. Grèves à répétition, manifestations syndicales et crispations sectorielles rythment cette première année de législature. Pour Martine Dubuisson, ce contexte ne peut être dissocié de la ligne politique adoptée par l’exécutif. “Ce n’est pas un climat apaisé. C’est à la fois l’époque qui veut ça car on voit bien que la politique, dans différents pays, est plutôt en ébullition que très calme. Mais c’est aussi lié à toutes ces nouvelles réformes. Ce que ce gouvernement a vraiment fait, c’est mettre la barre à droite“, souligne-t-elle.
Enfin, le volet sécuritaire s’impose comme un autre marqueur fort de l’action gouvernementale. Début décembre, le fédéral a approuvé l’avant-projet de loi visant la fusion des zones de police bruxelloises. Si le texte doit encore être débattu au Parlement, le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, affiche déjà des ambitions plus larges, étendre la réforme à la Wallonie et à la Flandre, avec pour objectif de réduire le nombre de zones de police de 176 à 60 à l’échelle du royaume.
En douze mois à peine, le gouvernement Arizona a donc posé les bases d’une transformation profonde de plusieurs politiques publiques. Mais si la majorité souffle sa première bougie, l’opposition, elle, ressent déjà un goût amer à ce gâteau d’anniversaire. “Comme c’est un gouvernement de centre droite face à une opposition, du côté francophone, quasi exclusivement de gauche, forcément, la grogne sociale est là aussi” explique Martine Dubuisson.
■Interview de Dorian De Meuûs et Martine Dubuisson dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et de Jamila Saidi M’rabet
La Rédaction