L’indépendance de la presse mise à l’épreuve par le politique? “On assiste actuellement à un dénigrement systématique”
Ce jeudi soir, l’émission Bonsoir Bruxelles est revenue sur les propos tenus ces dernières semaines par la ministre des Médias, Jacqueline Galant (MR), et par le président de son parti, Georges-Louis Bouchez. Pour en débattre, deux invités aux positions contrastées : Olivier Maroy, député à la Fédération Wallonie-Bruxelles, et Martine Simonis, secrétaire nationale de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP).
À l’origine de la controverse, une intervention de Jacqueline Galant le 13 janvier dernier, lors d’une conférence du Mouvement réformateur à Walhain. La ministre y évoque les projets de la RTBF et le remplacement de sa hiérarchie, déclarant qu’elle espère “que ça ira de l’autre côté de l’échiquier“. Des propos accompagnés de qualificatifs visant les journalistes du service public, qualifiés notamment de “gauchos“. Pour de nombreux observateurs, ces déclarations relèvent d’une ingérence politique dans l’indépendance du média public. Autre épisode marquant, le 14 janvier, Georges-Louis Bouchez s’exprime lors d’une réunion du MR molenbeekois et attaque la chaîne locale BX1, qu’il qualifie de “réseau social du parti socialiste“.
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Sur le plateau de Bonsoir Bruxelles, Martine Simonis, secrétaire nationale de l’AJP, a dénoncé avec fermeté la nature de ces propos. “Ce sont des propos qui ne sont pas acceptables venant d’un président de parti ou venant d’une ministre des Médias dont le rôle est spécifiquement de protéger et d’éviter toute ingérence dans l’indépendance et la ligne éditoriale. C’est l’inverse qui se produit et je pense que la semaine prochaine, au Parlement, il va y avoir du travail“, a-t-elle déclaré. Une séance spéciale du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles est en effet programmée mardi prochain, avec l’audition d’Élisabeth Degryse, Ministre-président de la FWB, et de Jacqueline Galant. Plus récemment encore, la Fédération européenne des journalistes a alerté le Conseil de l’Europe sur la situation, soulignant les risques que ces attaques répétées font peser sur la liberté de la presse.
Olivier Maroy, député à la Fédération Wallonie-Bruxelles, adopte une lecture plus nuancée de la situation. “Je regrette la manière dont la ministre s’est exprimée. Jacqueline Galant dit ce qu’elle pense et elle a le droit de penser que la RTBF n’est pas suffisamment pluraliste, mais elle est ministre des Médias donc effectivement, elle s’est laissée entraîner” explique-t-il. Selon lui, “est-ce qu’elle aurait mieux fait d’être plus prudente ? Certainement. Mais derrière cela, on a encore le droit, quand on est politique, de critiquer un média. Je m’étonne du foin qu’on fait autour de cette affaire. La critique est naturelle“.
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L’ancien journaliste de la RTBF rappelle également son vécu professionnel : “Quand j’étais journaliste, j’étais aussi habitué à être pris à partie ou critiqué par les téléspectateurs qui m’envoyaient leurs réactions, et combien de fois on ne m’a pas traité de journaliste de gauche“. Il estime par ailleurs que la ministre “a répondu à un militant du mouvement réformateur qui estime, comme une bonne partie de la population, que la RTBF ne remplit pas correctement son rôle“.
Une analyse que conteste Martine Simonis, tout en réaffirmant le droit à la critique. “Bien sûr qu’on a le droit de critiquer les médias, mais les critiques doivent être constructives”. “Ce à quoi on assiste actuellement, c’est à un dénigrement systématique, voire à des menaces” conclut-elle.
► Retrouvez Bonsoir Bruxelles du lundi au vendredi de 18h20 à 19h
■ Une interview de Martine Simonis et Olivier Maroy au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles