Un bouton “Alertez-nous” contre le suicide : “L’accumulation de certains signaux doit alerter”

En Belgique, cinq personnes se suicident chaque jour. Pour aider les personnes en souffrance, l’ASBL “Un pass dans l’impasse” lance un bouton ‘Alertez-nous’. Victoria Gossiaux, psychologue pour l’asbl, nous en parle dans le 12h30.

En 2019, il y a eu 1728 suicides en Belgique. “Il y a une idée préconçue sur le fait qu’une personne qui dit qu’elle ne va pas bien, elle ne va rien faire. Mais c’est faux”, explique la psychologue Victoria Gossiaux. Elle souligne : “En général, il faut vraiment s’inquiéter quand une personne en parle. Il y a des signaux. Par exemple, si une personne dit des choses comme ‘je suis au bout du rouleau’, si elle se néglige physiquement, a des émotions exacerbées, des troubles du comportement alimentaire (prise ou perte de poids), des troubles du sommeil…  Pris indépendamment les uns des autres, ces signaux ne doivent pas nécessairement alerter. Mais c’est surtout l’accumulation”. 

Si une personne vous inquiète dans votre entourage, l’asbl a mis en place un bouton ‘Alertez-nous’ sur son site internet un-pass.be.  Via ce bouton, “n’importe qui peut signaler une personne en détresse dans son entourage et nous allons la recontacter. On va appeler nous-mêmes appeler la personne, lui dire qu’on a reçu une alerte la concernant et on va lui proposer une consultation,” détaille la psychologue.  Néanmoins, un détail important : la personne en détresse doit avoir donné son accord au préalable. “On pense que c’est toujours compliqué pour une personne qui ne va pas bien de faire la démarche de demander de l’aide.  La personne qui va créer l’alerte pourra sauver une vie sans s’impliquer trop dans la relation.”

3 fois plus d’hommes qui se suicident

Concrètement, qui le suicide concerne-t-il ? “Le suicide est la première cause de mortalité chez les 15-44 ans et il y a 3 fois plus d’hommes qui se suicident en Belgique que de femmes”, précise-t-elle, “je pense que c’est parce que les hommes ont moins tendance à se livrer, à en parler alors que les femmes”. Néanmoins, ajoute-t-elle, ça concerne “tout type de profil, de tout âge”.

Quand on regarde les chiffres, il y a aussi plus de suicides en Wallonie qu’à Bruxelles et en Flandre. Pour Victoria Gossiaux, “ça peut s’expliquer par des causes socio-économiques car les problèmes financiers peuvent avoir un gros impact sur la vie familiale etc.”

L’asbl “Un pass dans l’impasse” a d’ailleurs un dispositif de soutien pour les entrepreneurs et indépendants en détresse. ” Les indépendants peuvent nous appeler au 0800 300 25  et on leur propose 4 séances de soutien psychologiques gratuites, par téléphone ou en visioconférence.  Avant la crise, il y avait déjà un suicide tous les 3 jours d’un entrepreneur. On imagine bien qu’avec tout ce qu’il s’est passé, le chiffre doit désormais être bien supérieur à ça.”

■ Une interview de Vanessa Lhuillier