Peu de douches publiques à Bruxelles selon une étude, malgré un besoin criant
La Région de Bruxelles-Capitale ne dispose plus que d’une centaine de douches publiques, concentrées dans le centre-ouest de la capitale. Une offre insuffisante malgré un besoin criant, selon une étude publiée jeudi dans la revue Brussels Studies.
L’accès à l’eau sanitaire dans l’espace public doit être déployé, plaident les autrices de la recherche, sans attendre une politique régionale : les communes peuvent agir à leur niveau, en valorisant leurs infrastructures telles que les piscines ou centres sportifs. “L’accès à l’eau sanitaire dans l’espace public est devenu un impensé des politiques publiques” depuis les années 1980 où la salle de bain devient une commodité courante dans les logements, retracent les autrices dans leur étude. Or, “disposer d’eau potable et d’hygiène est désormais considéré comme un droit fondamental”.
En 2021, on estimait que plus de 100.000 personnes se trouvaient en état de “vulnérabilité hydrique” à Bruxelles, c’est-à-dire n’avaient pas accès à une eau en quantité ou en qualité suffisante. Cela comprend des personnes sans-chez-soi (près de 10.000 selon le recensement 2024 de Bruss’help) mais aussi d’autres dont le logement est mal équipé ou insalubre, ou qui ont du mal à s’acquitter de leurs factures.
Une centaine de douches
La Région de Bruxelles-Capitale compte une centaine de douches, offertes par une quinzaine d’associations ainsi qu’un acteur public (les Bains du centre dans les Marolles). “Ici et là une piscine ou un centre sportif propose un accès aux douches existantes, de manière informelle. De rares services de prévention donnent accès à la douche dans le cadre des chauffoirs hivernaux.” Au début des années 2000, la Région comptait encore sept services de bains-douches publics.
Certains services ont fermé dernièrement, notamment en raison du Covid. Les centres connaissaient une baisse de fréquentation mais “il ne faut pas (la) confondre (avec une) baisse de la demande”, soulignent les autrices. À partir de trois exemples (les douches de la rue Ransfort à Molenbeek, le service de douches de Laeken et les douches de la piscine Neptunium à Schaerbeek), elles démontrent que la baisse de fréquentation était essentiellement due à une offre dégradée, des fermetures temporaires qui ont forcé les bénéficiaires à trouver des alternatives, un manque de communication sur les réouvertures ou encore des horaires mal adaptés. Ainsi, à Molenbeek, en 2014, l’ouverture aux femmes avec enfants est passée du mercredi après-midi au mercredi matin, soit en période scolaire.
L’offre à Bruxelles est insuffisante en quantité mais est en outre fragmentée, certains services étant réservés à des publics spécifiques (toxicomanes, personnes migrantes…). Cet accueil adapté “a tout son sens“, selon les autrices, mais réduit les possibilités d’accès. S’y ajoutent des horaires d’ouverture limités, ce qui entraîne des tensions et des difficultés de cohabitation devant certains établissements, relèvent-elles.
Douches mal réparties
L’étude pointe en outre que les douches sont mal réparties et presque toutes concentrées dans la partie centre-ouest de la Région. Selon la recherche, la moitié des bénéficiaires des deux plus grands établissements offrant des douches à Bruxelles, à savoir les Bains du centre et DoucheFlux (géré par l’associatif), sont en situation de rue ou de squat, tandis que l’autre moitié est logée ou hébergée. Les hommes (80%) ainsi que les personnes nées hors Belgique (80%) sont largement majoritaires.
La plupart des usagers et usagères n’ont pas accès à une douche sur leur lieu d’habitation. Certains disposent d’une telle infrastructure dans leur logement mais fréquentent les douches publiques dans le but de trouver un confort supplémentaire : une eau plus chaude, davantage de pression, une douche plus longue sans se soucier de la facture d’eau. D’autres viennent y chercher intimité et sécurité.
Pour répondre au besoin, les communes peuvent agir “dès maintenant” sans attendre une politique générale, insistent les autrices. Elles possèdent des infrastructures (piscines, centres sportifs, écoles) qu’elles peuvent valoriser en ce sens.
Belga