Percer les mystères de la glace du continent blanc pour comprendre le climat du futur

Que comprendre de l’impact du réchauffement climatique en Antarctique et en Arctique ? Des scientifiques ont étudié la question. L’un d’eux, le professeur et chercheur en glaciologie à l’ULB, Franck Pattyn était l’invité du 12h30 ce jeudi.

Préoccupation majeure de notre siècle, le réchauffement climatique est aussi étudié loin, très loin de chez nous. En décembre dernier, six scientifiques sont partis pour une expédition polaire en plein coeur du continent blanc, en Antarctique. L’objectif de cette mission : mesurer la masse de la calotte glaciaire et sa variabilité au fil du temps face aux changements climatiques, par l’extraction de carottes de glace.

Notre reportage : Antarctique : la calotte glaciaire sous la loupe de chercheurs belges

“Avec ces carottes glaciaires, on détermine différentes couches de neige année par année, pour savoir combien de neige est tombée et on analyse les gaz et les compositions de l’atmosphère qui s’y trouvent”, nous explique le glaciologue. On voudrait ainsi connaitre le climat d’il y a un million d’années. On peut pour le moment remonter jusqu’à 800.000 mille ans mais au-delà on sait qu’il y a eu d’autres cycles climatiques. Connaitre le taux de CO2 au-delà de cette date pourrait nous aider à mieux comprendre le climat du futur.”

Analyser les changements climatiques d’autrefois, c’est donc comprendre ce qu’il nous attend. “Le climat a toujours changé mais ce qui change aujourd’hui, c’est la rapidité à laquelle il change, et c’est très différent de tous les autres changements climatiques qu’on a connu jusqu’à maintenant”, s’inquiète Franck Pattyn. “Une étudie récente montre que les glaciers en Suisse ont perdu 6% de leur volume total durant l’été 2022. Ceci dépasse largement les fontes qu’on a pu connaitre précédemment.”

Ce qu’il se passe dans les pôles ne reste pas aux pôles

La plus grosse perturbation qu’engendre le réchauffement climatique concerne entre autres la biodiversité. En Arctique par exemple, dans le pôle nord, les changements étudiés sont “dramatiques”, constate encore le professeur à l’Université Libre de Bruxelles. “On dit souvent que la planète s’est réchauffée de plus d’un degré, il faut savoir qu’en Arctique, on parle d’un réchauffement de 4 degrés. Cela a un très gros impact évidemment sur les écosystèmes et la biodiversité sur place.”

“Ce que l’on observe en Arctique et Antarctique est le reflet de ce qu’il va se passer chez nous”, alerte le scientifique. “On parle là-bas d’érosion des côtes, de tempête et de villages dévastés qui doivent déménager.”

■ Interview de Franck Pattyn, professeur en glaciologie à l’ULB