Trois hommes accusés du décès d’Otmane Souieh, soumis à la torture à Anderlecht, devant la cour d’assises
La cour d’assises de Bruxelles juge dès ce mercredi les trois hommes accusés d’avoir soumis Otmane Souieh à la torture, jusqu’à provoquer sa mort le 11 août 2023, mais sans intention de la donner, dans un contexte de trafic de drogue à Anderlecht. Le procès des trois accusés Mohammad Ahmadi (31ans), Norddin Mousati (40 ans) et Yassine Hourra (32 ans) devrait s’étendre jusqu’au 22 juin. Dix-huit jurés, effectifs et suppléants, ont été tirés au sort vendredi pour ce procès d’assises, dont une majorité de femmes.
Otmane Souieh est décédé au service des urgences de l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles le 11 août 2023, après plusieurs tentatives de réanimation cardiaque. Vu les nombreuses traces suspectes constatées sur son corps, le parquet a demandé l’ouverture d’une enquête. Le traitement inhumain et délibéré dont a été victime Otmane Souieh s’inscrit dans un contexte de vente de stupéfiants organisé à Anderlecht. Il est question de dettes d’argent entre la victime et les suspects.
Pas de doute sur le lien entre les trois accusés, selon l’avocat général
Le lien entre les trois accusés assis dans le box des accusés de la cour d’assises de Bruxelles ne fait aucun doute, selon l’acte d’accusation lu mercredi matin par l’avocat général. Les caméras de surveillance situées à Anderlecht, dans le quartier de la chaussée de Mons, de la rue des Goujons et de la rue de l’Instruction, ont permis aux enquêteurs d’identifier et d’associer les trois accusés. Ces images, comme la bande son provenant des caméras, montrent clairement un groupe de quatre personnes, victime y compris, qui se rend dans un immeuble de la chaussée de Mons, le 11 août 2023 vers 02H15. Otmane Souieh, une personne sans papier, logeait à cette adresse.
Le SMUR est appelé quelques instants plus tard pour réanimer Otmane Souieh, qui décèdera à 04H11 aux services des urgences de l’hôpital Saint-Pierre. Norddin Mousati s’était présenté aux équipes du SMUR comme un “ami de la victime”, indique l’acte d’accusation. Toujours selon les caméras de surveillance du quartier, les trois accusés étaient déjà présents devant un établissement de paris sportifs d’Anderlecht quelques heures plus tôt, à partir de 14H35 et jusqu’à 16H00, le 10 août 2023. A 17H15, la victime est “directement agressée”, poursuit l’acte d’accusation.
Sur ces images, Norddin Mousati est parfois accompagné d’une chienne. Les enquêteurs ont retrouvé une vidéo dans le téléphone de l’accusé où cette chienne aboie et mord le bras droit d’un homme. Dans cette vidéo, l’accusé prononce le mot “séquestration”. Il encourage sa chienne et mentionne qu’il “veut son argent”.
Les trois accusés se renvoyaient la responsabilité des coups
Les trois accusés sont également des contacts privilégiés dans leurs téléphones respectifs, cite l’acte d’accusation de l’avocat général. Des appels, des tentatives d’appel et des SMS ont été échangés entre les trois accusés à plusieurs dates entre le 10 août et le 23 août 2023. L’acte s’arrête notamment sur un appel entre Mohammad Ahmadi et Norddin Mousati passé le 12 août 2023, juste après l’intervention de la police chez Norddin Mousati, qui avait pris la fuite et se cachait dans la cabane de jardin de son voisin. L’analyse de la téléphonie “suffit également à confirmer les liens entre les trois accusés”, indique l’acte lu mercredi.
Lors de leur dernière confrontation organisée le 8 mai 2025, les trois accusés se renvoyaient la responsabilité des coups portés sur la victime, que l’avocat général qualifie de faits de torture et de traitement délibéré inhumain.
Norddin Mousati a déclaré qu’il était “rentré chez lui se changer” le 11 août 2023, entre 00H59 et 02H14. Il dit avoir retrouvé la victime “mal en point” avec les deux autres accusés.
Mohammad Ahmadi et Yassine Hourra ont, de leur côté, dit avoir retrouvé Norddin Mousati “frappant encore la victime”, alors que les deux autres étaient soit au nightshop, soit occupé à nourrir des chats.
L’autopsie d’Otmane Souieh a révélé des contusions au niveau de la tête, des membres et du tronc. Les coups ont été portés par un objet oblong, entraînant un choc hémorragique. Des ecchymoses aux poignets laissent supposer que la victime a pu être attachée au moyen de liens, reprend l’acte d’accusation.
Les accusés seront entendus pour la première fois par la cour d’assises de Bruxelles sur le déroulé des faits à 14H00, mercredi. Pour l’avocat général, les trois hommes ont participé, comme auteurs ou co-auteurs, à l’infraction de torture qui a causé la mort d’Otmane Souieh, le 11 août 2023 à Bruxelles. Soumettre une personne à la torture est puni d’une peine allant de 10 à 30 ans de réclusion, a-t-il rappelé avant de terminer la lecture du document à charge des trois accusés.
La défense, assurée par trois duos d’avocats, n’a pas remis d’acte de défense.
Avec Belga