“Les jeunes nous offrent l’impatience” : en écoutant Angela Davis

Angela Davis était à Bruxelles ce lundi. Après plusieurs rencontres avec des associations militantes féministes, antiracistes, ou pour les droits des sans-papiers, elle s’est rendue au Cirque royal, pour une “Conversation” devant 1700 personnes. Nous y avons assisté. 

Cirque royal, ce lundi, 20h30. La salle est comble. On sent la ferveur qui monte dans le public. Des « Solidarité avec les sans-papiers ! » résonnent çà et là. Angela Davis, 78 ans, est accueillie comme une rock star. Dans l’assemblée, il y a des jeunes, beaucoup. Signe de l’écho très puissant que la militante féministe, communiste, abolitionniste, figure de la lutte pour les droits civiques, continuent de trouver auprès de la jeunesse. Preuve de la longévité de son engagement pour la justice sociale, pour les droits des minorités raciales et sexuelles, contre le racisme, et de l’actualité de ses combats, entamés dans les Etats-Unis des années 60.

Humilité, simplicité, hommage aux jeunes

Angela Davis a un statut d’icône, de légende vivante. Les tickets pour cette soirée se sont vendus en même pas une heure. Il ne s’agit pas d’une simple conférence mais d’une « Conversation avec Angela Davis ». L’événement est organisé méticuleusement depuis trois ans par le Théâtre National, Bruxelles Laïque et PAC (Présence et Action Culturelle). La prof d’histoire à l’université de Californie n’est pas venue juste se planter devant un pupitre pour s’adresser ex-cathedra au public, du haut de sa chair et de son parcours. La scène est aménagée à la manière d’un petit salon, deux canapés en cuir se font face. La rencontre est animée par la journaliste Safia Kessas, et enrichie par plusieurs interventions : représentantes d’une association de femmes sans-papiers, de militants afro-descendants, une avocate engagée contre les violences policières, des jeunes. Cette formule permet d’embrasser les multiples combats portés par la militante et intellectuelle afro-américaine. Angela Davis répondra patiemment à toutes les questions, réflexions qui lui sont adressées. L’ex-Black Panther prend le temps aussi de les remercier chacune pour leur prise de parole, les remercier aussi de partager avec elle leurs réalités. Au cours de la journée qui a précédé cette soirée, Angela Davis avait eu l’occasion d’échanger, non pas avec des figures de partis politiques ou d’organismes officiels, mais avec la société civile, des groupes militants.

Au terme de deux heures de discussions, on est frappé, au-delà des mots et de la force de sa pensée, par l’écoute, la gentillesse, l’humilité qui se dégage de sa personne. Sa simplicité aussi. Elle clôturera son passage chez nous par un hommage à l'”intergénérationnalité des luttes” et à la jeunesse engagée : “Les jeunes ont toujours été à l’avant-garde. Le paysage et les temps ont changé. C’est vous qui, aujourd’hui, êtes le plus près du futur, et nous devons apprendre de vous! (…)  Il y a quelque chose d’important que les jeunes offrent aux génération qui les ont précédés, c’est l’impatience. (…) Ce que nous pouvons leur transmettre, c’est le sens de la longévité.”

S.R.

Les explications de Sabine Ringelheim sur le plateau du 12h30 / Image : Belga

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26 avril 2022 - 16h18
Modifié le 26 avril 2022 - 16h18