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Rue de la Loi : comment les Bruxellois ont négocié le Tour de France au nom d’Eddy Merckx

L’histoire commence en 2015. Alain Courtois (MR), échevin des Sports est à la manœuvre, rapidement rejoint par Yvan Mayeur (PS), bourgmestre au moment des négociations. L’idée défendue par le tandem : rendre hommage à Eddy Merckx, 50 ans, après sa première victoire au Tour de France en faisant de Bruxelles une ville étape. Mieux, obtenir le grand départ du Tour de France. Pour les Bruxellois c’est capital : la ville qui obtient le premier jour de course aura droit à la présence de la caravane pendant 3 ou 4 jours d’affilés. Les autres villes étape voient le village du tour en coup de vent: monté le midi, démonté le lendemain. Alain Courtois en parle avec le quintuple porteur du maillot jaune. Eddy lui-même serait honoré que le tour lui rende hommage. Il n’imagine pas que ce sera le grand départ, ni même que les Bruxellois décrocheront deux étapes. Une étape en ligne, samedi, et un contre-la-montre par équipe, dimanche. Un clin d’œil personnalisé : en 1969 Eddy Merck endosse son premier maillot jaune grâce un contre-la-montre remporté par son équipe Famea. L’arrivée avait lieu à Woluwe-Saint-Pierre, sa commune (il y a résidé 27 ans) et c’était la deuxième étape du tour 69.

Alain Courtois et Yvan Mayeur enchaînent donc les réunions avec la société ASO, organisatrice du tour. À Bruxelles, à Paris. Eddy Merckx participe à certaines d’entre elles. Rodrigo Beenkens, le monsieur tour de la RTBF aussi. La négociation sera conclue dans les premiers mois de 2017 et l’accord rendu public en mai. Entre la première prise de contact et l’issue favorable, Bruxelles aura été frappée par les attentats du 22 mars. Les élus bruxellois en sont ressortis avec la conviction qu’un événement positif était plus nécessaire que jamais.

Pour y arriver, il aura fallu écarter deux autres candidats : le département de la Vendée et la ville de Copenhague. Obtenir le tour de France n’est pas qu’une question d’argent (Bruxelles a payé 5 millions à ASO), mais aussi le résultat d’une campagne de lobbying. Plutôt que de se déchirer avec ses concurrents, il est préférable de s’entendre et de les convaincre de décaler leur candidature. Pour cela, les attentats mais aussi la date symbolique du premier maillot jaune de Merckx plaident en faveur des Belges. Il faudra un petit coup de pouce du destin pour que les astres s’alignent parfaitement. En juin 2015, Eddy Merckx a fêté ses 70 ans. Quelques temps plus tard, une réception en son honneur est organisée à l’Hôtel de Ville. Au même moment, une délégation du département de  Vendée demande à visiter l’Hôtel de Ville, raconte la Libre Belgique. Yvan Mayeur la fait monter dans son bureau, leur présente Eddy Merckx, leur paye une bière et leur explique le sens de la candidature de Bruxelles pour 2019 et pas une autre année. Dans la délégation se trouve le futur président du conseil général. Quelques mois plus tard la Vendée demande à avoir le grand départ pour …2018 ( c’était sur l’île de Noirmoutier). Les Danois de Copenhague opteront pour le Tour de France 2021 (2020 sera pour Nice, une autre ville meurtrie par les attentats).

Début 2017, l’accord est donc finalisé et paraphé lors d’un petit déjeuner par Yvan Mayeur et Christian Prudhomme (il paraît que la soirée de la veille a été bien arrosée, mais le bourgmestre dit ne pas y avoir participé). L’annonce sera officialisée lors d’une conférence de presse en mai. On s’étonne que la Région Bruxelloise n’y soit pas associée ? « La Région a été mise au courant de nos intentions dès le début des négociations” affirme aujourd’hui Yvan Mayeur. Quelques semaines après cette annonce officielle, Yvan Mayeur est emporté par le scandale du Samusocial. L’année suivante Alain Courtois est renvoyé dans l’opposition et perd son échevinat. C’est une autre équipe composée de Philippe Close et Benoit Hellings (Ecolo) qui  monte sur le tandem bruxellois et bénéficiera de l’effet « Tour de France.  Mais elle a veillé à inviter Mayeur et Courtois. L’un comme l’autre devraient se montrer au grand départ qu’ils avaient négocié.

Photo : Belga/Laurie Dieffembacq