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Rue de la Loi : quand le Roi pousse les régions à regarder vers le fédéral (J+8)

Dans le communiqué du Palais Royal annonçant la nomination des informateurs jeudi dernier, il y a une petite phrase qui mérite qu’on y revienne. C’est celle qui demande aux deux informateurs de “garder le contact avec les responsables des négociations dans les régions et communautés. “

Faut-il vraiment lier  la négociation d’un gouvernement fédéral  avec celles des gouvernements régionaux ? En théorie, la réponse est non. Chaque niveau de pouvoir est indépendant l’un de l’autre, avec son parlement, son gouvernement, et a dans les faits la possibilité de décider de son propre programme politique et de la coalition qui sera en mesure de l’appliquer. Prétendre le contraire serait un déni de démocratie ou une grande méconnaissance de la structure politique belge. Il est bien précisé dans les textes des différentes réformes de l’Etat que les régions sont automnes depuis leur création (1980 pour Wallonie et la Flandre, 1989 pour la Région Bruxelloise). La formulation utilisée par le Palais est donc étonnante. Elle sous-entend l’idée qu’un parti écarté du pouvoir en région pourrait refuser de contribuer à la recherche d’une solution au fédéral.  Cette lecture n’est politiquement pas forcément fausse, mais elle n’est pas institutionnellement orthodoxe.  Cette petite phrase a pu être interprétée comme une manière de faire pression  sur un  niveau de pouvoir, les régions, dans lequel le Roi n’a pas à intervenir.

Dans les faits, à l’heure où j’écris ces lignes, les informateurs fédéraux, Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, ont donc rencontré dans le plus grand secret les dirigeants nationaux des différents partis. Ils feront un premier rapport au Roi jeudi prochain, qui pourra leur demander ou pas de prolonger leur mission (la prolongation est plus qu’envisageable). En parallèle, Bart De Wever en Flandre, Elio Di Rupo et Paul Magnette en Wallonie, et Rudi Vervoort et Laurette Onkelinx à Bruxelles ont, eux, rencontré les négociateurs régionaux de ces mêmes partis. Quelque soit le niveau de pouvoir concerné, il n’y a encore aucune décision de prise en faveur de l’une ou l’autre coalition. Bart De Wever a déjà lancé un second tour de table, il va donc revoir les partis un par un. Il est très probable que la Wallonie et Bruxelles suivent le même chemin.

Ce second round a pour but d’amener les partis à préciser certains points de leur programme. D’aller plus en profondeur, par exemple en chiffrant les mesures proposées par les uns et les autres. Il a aussi pour  but de convaincre les opinions publiques qu’on étudie réellement les propositions de réforme, et qu’on ne les balaye pas d’un simple revers de main. Pour Bart De Wever, voir une seconde fois les représentants du Vlaams Belang et discuter avec ses représentants de mesures concrètes, c’est envoyer le signal à ces électeurs qu’on les prend en considération. Quand le parti socialiste entame une discussion de fond avec le PTB, c’est la même chose.

D’après mes informations, les informateurs fédéraux  et les négociateurs régionaux, n’ont pas encore eu ce fameux “contact” suggéré par le Roi. Honnêtement, on voit mal Bart De Wever ou Elio Di Rupo dévoiler leur stratégie régionale à Didier Reynders ou Johan Vande Lanotte. Le Palais peut donc émettre le souhait que les différents niveaux de pouvoir “gardent le contact”. La formule est suffisamment vague, contraire aux habitudes, et en décalage avec la réalité politique du moment, pour que personne ne se sente réellement lié.

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03 juin 2019 - 13h07
Modifié le 03 juin 2019 - 17h53