Saint-Gilles, Anderlecht, Molenbeek: retour sur quatre jours de fusillades à Bruxelles
Bruxelles connait actuellement une nouvelle flambée de violences. Six fusillades ont été recensées en quatre jours à Anderlecht, Saint-Gilles et Molenbeek. Cela fait grimper à 65 le nombre de fusillades en Région bruxelloise depuis le début de l’année, soit autant que sur toute l’année dernière. Les autorités locales dénoncent un manque d’investissement du fédéral à Bruxelles, ce dernier critique la gestion de ces dernières années au niveau local et régional. Retour sur quatre jours de tensions sécuritaires et politiques.
■ Reportage de Louis Dominé et Yan Vangansbeek
Vendredi soir : un commissariat visé à Anderlecht
Vendredi, 23h40, la police est appelée pour des tirs rue Démosthène à Anderlecht. Plusieurs coups de feu “à l’arme lourde” ont été tirés en direction d’un commissariat. Deux suspects circulant en trottinette ont pris la fuite. Personne n’a été blessé.
Samedi soir : un blessé à Saint-Gilles
Samedi, 21h15, un coup de feu est tiré au croisement des rues Gustave Defnet et du Monténégro, Place des Deux Bancs, à Saint-Gilles. Sur place, la police découvre un homme blessé à la jambe. Un suspect est activement recherché.
Dimanche matin : une balle dans une habitation à Saint-Gilles
Dimanche, 7h00, un coup de feu est tiré dans le secteur de la chaussée de Forest, à hauteur de la porte de Hal. La balle termine sa course dans la fenêtre d’une habitation située rue Fontainas, à Saint-Gilles. L’occupante, qui se trouvait encore dans son lit, n’a pas été blessée.
Dans la nuit de dimanche à lundi : un blessé à Molenbeek
Lundi, vers minuit, les équipes de police sont appelées pour un incident de tir survenu avenue Jean Dubrucq à Molenbeek. Sur place, elles découvrent une victime touchée au bas de la jambe. Celle-ci a été transportée à l’hôpital, mais ses jours ne sont pas en danger. Aucun suspect n’a pour l’instant été interpellé.
Dans la nuit de dimanche à lundi : un blessé à Saint-Gilles
Lundi, vers 2h40, un nouvel incident de tir a lieu chaussée de Forest. Les policiers découvrent une personne blessée et lui prodiguent les premiers soins avant son transport à l’hôpital. Deux suspects ont été interpellés à proximité.
Lundi soir : nouveaux coups de feu à Saint-Gilles
Lundi, vers 21h40, de nouveaux coups de feu sont tirés au lieu-dit de la place des Deux Bancs, à Saint-Gilles, au croisement de la rue Gustave Defnet et de la rue du Monténégro. Les tirs ont été effectués avec une arme automatique. Aucun blessé n’est à déplorer et le tireur a pris la fuite. “Des clients ont dû se coucher dans la pizzeria qui se trouve à côté“, explique le bourgmestre de Saint-Gilles Jean Spinette (PS).
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Le parquet de Bruxelles indique que les enquêtes se poursuivent afin “d’identifier et d’interpeller les auteurs”. Il tiendra une conférence de presse ce vendredi.
Le bourgmestre de Saint-Gilles demande des moyens supplémentaires
Au micro de BX1, le bourgmestre de Saint-Gilles a appelé dimanche à “prendre la mesure de danger” et demandé “les mêmes moyens que ceux accordés à Anvers“.
“Dans toutes les autres capitales du monde et les grandes villes, l’État prend la mesure du phénomène en cours. Il y a des moyens exceptionnels qui ont été mis sur la lutte contre le terrorisme. Je pense que sur le narcotrafic, il y a exactement le même genre de besoin de réveil, soit avec des législations spécifiques, avec de la confiscation et du réemploi social, avec des renforts de la police judiciaire et pas juste des policiers de quartier. Il faut véritablement des enquêteurs, des moyens comptables, des moyens financiers en intelligence artificielle pour remonter les filières et avoir un véritable travail d’enquête“, insiste Jean Spinette.
Le bourgmestre saint-gillois réclame également davantage de moyens pour le parquet, des places en IPPJ et des capacités pour éloigner les personnes en séjour irrégulier impliquées dans la criminalité. Il estime que la fusion des zones de police ne constitue pas à elle seule la solution.
Le ministre de l’Intérieur défend son action et charge Bruxelles
Invité ce mardi dans Bruxelles Breakfast, la nouvelle matinale de BX1, le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) a tenu à défendre son action. “Nous avons déjà apporté un renfort de 77 unités dont plus d’une quarantaine de manière structurelle (…) est-ce qu’il en manque encore ? Je l’entends et on va essayer d’en trouver, mais je rappelle qu’il y a déjà 1.200 enquêteurs sur le terrain.” En revanche, le ministre conteste vivement que Bruxelles soit moins bien fournie en policiers que la Ville d’Anvers. “Ce n’est pas conforme à la vérité“, a-t-il assuré.
Concernant la situation à Bruxelles, le ministre de l’Intérieur estime qu’il “hérite de 20 à 25 ans de non décision” avant lui.
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Les bourgmestres du sud de Bruxelles appellent à une réponse coordonnée
À la sortie d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur ce mardi, les bourgmestres des communes bruxelloises du sud – Saint-Gilles, Anderlecht et Forest – ont à nouveau réclamé un plan d’action fédéral. “Il s’agit d’un enjeu national”, ont-ils déclaré d’une seule voix. Ils craignent cependant ne pas avoir été entendus.
“Pour l’instant, aucune promesse n’a été faite“, selon Jean Spinette. “Aujourd’hui en Belgique, quand on organise un grand prix de Formule 1 ou un festival, il y a un mécanisme de solidarité nationale qui se met en place pour que toutes les zones et le fédéral puissent sécuriser l’évènement. Quand on tire à la kalachnikov dans nos rues cinq fois en deux jours, il n’y a pas ce mécanisme”, constate le bourgmestre d’Anderlecht Fabrice Cumps (PS). “Aujourd’hui, le renfort que la police fédérale nous a donné depuis les tirs de ce week-end, c’est quatre personnes. C’est évidemment insuffisant.”
De son côté, le ministre de l’Intérieur maintient que de nombreux moyens supplémentaires ont déjà été mis en place, mais assure que “de nouvelles mesures seraient adoptées“. “Nous devons maintenant évaluer ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné“, a-t-il déclaré tout en ne manquant pas d’ajouter que “chacun doit prendre ses responsabilités“.
Si rien n’est fait, le bourgmestre de Saint-Gilles n’exclut pas une demande de réquisition de la police fédérale. Une possibilité prévue par l’article 43 de la loi sur la fonction de police en cas de menace grave et imminente contre l’ordre public lorsque les moyens de la police locale sont insuffisants.
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V.d.T. avec Belga – Photo : Carravagio