I-Police: “C’est un vrai scandale, Jan Jambon et Annelies Verlinden doivent rendre des comptes”
Tous les regards, tant de la majorité que de l’opposition, se sont tournés mardi à la Chambre vers l’ancienne ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) à propos du projet avorté de numérisation de la police “I-Police”. “Fiasco, scandale, irresponsabilité politique”: le député fédéral bruxellois Ridouane Chahid (PS) estime que Jan Jambon et Annelies Verlinden “doivent rendre des comptes”.
En décembre dernier, l’actuel titulaire du portefeuille Bernard Quintin (MR) a décidé de mettre fin à ce projet. Après deux mises en demeure envoyées en août et octobre 2025, “j’ai décidé d’arrêter l’hémorragie“, a-t-il confirmé lors d’un débat d’actualité organisé mardi en commission de l’Intérieur. Préparé en 2017 et signé en 2021 avec la société Sopra Steria, i-Police devait moderniser en profondeur les outils informatiques de la police fédérale. À ce jour, 75,8 millions d’euros ont déjà été déboursés sur les 299 millions prévus pour ce projet d’envergure. Mais “après toutes ces années, aucune partie opérationnelle de la solution n’est disponible“, a constaté M. Quintin.
Pourtant, dès 2023, un audit réalisé par le cabinet de consultance Deloitte, à la demande de Mme Verlinden, mettait déjà en avant les manquements du projet. “Concernant la raison pour laquelle le programme s’est poursuivi pendant deux ans et demi après l’audit de 2023, il m’est communiqué que vu que le programme i-Police était vaste et complexe, il était nécessaire de gérer ce programme en partenariat“, a expliqué Bernard Quintin. “À la fin de l’année 2023, lorsqu’il est apparu clairement que les deux projets pilotes n’enregistraient pas de progrès suffisants, le fournisseur a été fermement rappelé à ses engagements afin d’aboutir aux résultats attendus.” Lors de son entrée en fonction, Bernard Quintin a décidé de procéder à une évaluation approfondie du projet. Le libéral s’est refusé à commenter “les dysfonctionnements constatés dans le programme” avant sa prise de fonctions, “ou les responsabilités qui auraient dû ou non être assumées“. Plusieurs députés, tant de la majorité que de l’opposition, n’ont pas manqué de le faire, en pointant notamment l’absence du CD&V.
L’opposition a réclamé l’audition de l’ancienne ministre. Ridouane Chahid (PS) a aussi réclamé celle de Jan Jambon (N-VA), ministre en charge en 2017. La demande a été soutenue par Paul Van Tigchelt (Open Vld) et Mati Vandemaele (Ecolo-Groen). “On fait référence au ministre Jambon (…), mais la mise en œuvre complète a débuté en 2021, sous la ministre Verlinden“, a réagi Maaike De Vreese (N-VA). “L’arrêt d’i-Police ne signifie en aucun cas la fin de la transformation numérique de la police“, a souligné Bernard Quintin, parlant d’une nouvelle approche “basée sur des projets à plus petite échelle et modulaires“.
Annelies Verlinden réagit
L’ancienne ministre de l’Intérieur Annelies Verlinden assure qu’elle a bel et bien réagi lorsqu’il est apparu, au cours de la législature précédente, que le projet de numérisation i-Police ne se déroulait pas sans heurts. Elle a demandé un audit à Deloitte et a ensuite pris des mesures, a-t-elle expliqué mardi soir par l’intermédiaire de son porte-parole.
Les résultats de cet audit ont été rendus publics et les mesures prises par Mme Verlinden ont été communiquées au parlement. Une équipe de gestion a ainsi été mise en place pour rendre compte directement au commissaire général de la police fédérale et un gestionnaire de crise a été désigné. Le suivi du projet lui-même a été assuré au sein de la police, selon Mme Verlinden. “À aucun moment il n’a été signalé que l’ensemble du projet devait être totalement arrêté“, a-t-on affirmé à son cabinet.
Belga