
L’humeur de Fanny Rochez – La beauté de l’éphémère
J’ai hésité entre plusieurs thématiques pour mon billet d’humeur, la buse de Dinant, ou alors le retour des astronautes d’Artemis 2 et de l’unique femme qui a réparé les toilettes dans l’espace, devenant du même coup la première plombière de l’espace… mais probablement que j’aurais déjà terminé cette chronique, ou alors je me la jouais poétesse et je trouve que dans ce monde de brutes, c’était la meilleure option.
première question donc… Vous êtes plutôt rose ou plutôt violet ? Plutôt cerisier du Japon ou plutôt jacinthe du bois de Halle. Ha, ha ha, la polémique des cerisiers du Japon de Bruxelles, le feuilleton, comme la buse ou Brad Pitt… Non, non, non, je ne suis pas de cette trempe-là, juste sur leur beauté, des pompons roses dans la capitale, pas dans toutes les communes… Mais ils appartiennent à tout le monde, clic clac photo… Remarquez, c’est le cas avec les jacinthes sauvages du bois de Halle, et ce weekend, elles sont totalement fleuries avec des tapis majestueux, là aussi instagrammables. Mais dans les deux, ces jolis clichés immortalisent des moments éphémères.
C’est bizarre quand même d’aimer quelque chose qui va très vite mourir. Le cerisier du Japon est en fleur de 7 à 10 jours, 2 semaines si tout va bien, et en Belgique on est jamais à l’abri d’une drache et là, bardaf, c’est la catastrophe. Les jacinthes tiennent environ 3 semaines tant qu’il ne pleut pas.
Mais alors, pourquoi sommes-nous tant fascinés par ces beautés éphémères ? Comme le dit un professeur de philosophie à l’ESA Saint-Luc, L’idée est simple : nous sommes touchés par les choses précisément parce qu’elles sont passagères. Ce qui rend ce concept si puissant, c’est qu’il transforme la perte en intensité. L’éphémère n’est plus seulement lié à la tristesse ou au désespoir, comme on le croit souvent : il rend le présent plus précieux.
Et ce qui est précieux aujourd’hui, c’est l’optimisme, quand on voit ce que vit la population libanaise ou iranienne : la beauté de son patrimoine anéantie, ses universités rasées, son passé oublié sous les bombes, je me dis que rien n’est perdu. Lorsqu’on sait que la forêt du bois de Halle a été rasée par les Allemands lors de la Première Guerre mondiale ou que les cerisiers de Watermael-Boitsfort il y a un siècle ont été abattus, on se dit que tout est possible et même si la beauté est éphémère, elle est surtout éternelle.