Classes fermées, stages annulés : comment s’organiser à l’aube de Pâques ?

Les chiffres de la pandémie apportent chaque jour leur lot de mauvaises nouvelles : 4 000 contaminations quotidiennes, 203 admissions à l’hôpital et 25 décès selon les derniers relevés de Sciensano. Les cas se multiplient également dans les écoles. Avec la perspective de vacances de Pâques sous cloche, les familles vont devoir composer. 

Une classe entière du Sacré-Cœur de Ganshoren a été fermée ce lundi, en raison de la présence d’un élève positif. Ganshoren ferait partie des communes visées par une mesure stricte d’écartement dès la présence d’un seul cas positif dans une entité. Plus largement, le nombre de cas et de mises en quarantaine est en augmentation dans le milieu scolaire. Selon les relevés des équipes de promotion de la santé à l’école, en collaboration avec l’ONE et Sciensano, le nombre de cas de Covid-19 y a augmenté de 49% entre la première et la deuxième semaine du mois de mars, tous niveaux confondus (maternelle, fondamental, secondaire). Du 8 au 14 mars, 1 708 cas ont été signalés dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 1 360 élèves et 348 membres du personnel. Cela se traduit par 6 247 nouvelles mises en quarantaine, soit 0,59% des élèves de l’enseignement obligatoire.

Les crèches sont concernées également. À Ganshoren, les deux crèches communales sont touchées. Suite à des cas positifs au sein du personnel, elles ont dû fermer jusqu’à lundi prochain, complètement pour l’une, ce qui oblige les 36 enfants accueillis à rester à la maison, à moitié pour l’autre où 18 enfants sont concernés. « Vous imaginez la difficulté pour les parents d’apprendre un dimanche soir qu’ils vont devoir s’organiser pour le lendemain », explique l’échevin de la petite enfance Quentin Paelinck (ProGanshoren). D’autant que la commune n’a pas la possibilité de prévoir des alternatives, contrairement à ce qui peut être mis en place lors de la fermeture d’une classe d’école. « Nous n’avons pas beaucoup d’outils à notre disposition pour aider les familles », ajoute Quentin Paelinck.

Des familles, qui doivent composer : « On a été prévenu du jour au lendemain de la fermeture de la crèche. Mon épouse est institutrice en maternelle, je suis prof en école supérieure. Impossible de prendre congé », nous raconte Gaëtan, le papa d’un petit bout de 16 mois. Alors on a recours au système D : même si l’enfant doit garder la quarantaine, il ira chez sa grand-mère, qui heureusement est vaccinée. Et il devra subir un test PCR. « Le plus dur, c‘est la dose de stress que tout cela engendre. »

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Désarroi

Le stress, beaucoup de familles le vivent. Même s’il est difficile de le quantifier avec précision. Une étude réalisée lors du premier confinement sur l’impact de celui-ci sur la vie de famille montrait que tous les parents ne vivaient pas les choses de la même manière, explique Moïra Mikolajczak, chercheuse à l’Institut de recherche en sciences psychologiques de l’UCLouvain. Un tiers d’entre eux se sentait effectivement épuisé et stressé, ceux dont la charge de travail n’avait pas diminué et dont les enfants étaient fort sollicitant. D’autres se disaient peu affectés par la situation. Enfin un dernier tiers se sentait même moins épuisés qu’en temps normal et disait apprécier la situation car elle impliquait moins de trajets, moins de soucis et de stress scolaires – ce qui montre bien à quel point l’école peut en soi être source de pression, commente la spécialiste -, et le sentiment de pouvoir davantage contrôler ses enfants, détaille Moïra Mikolajczak. Qu’en serait-il aujourd’hui ? Même s’il faut se garder des conclusions hâtives, « il est fort probable que nous aurions des résultats différents. Car la situation dure et il y a un phénomène d’usure : au bout d’un an, les gens sont usés

La chercheuse attire aussi l’attention sur le fait que le contexte scolaire est aujourd’hui différent de celui d’il y a un an : à l’époque, les examens et les épreuves certificatives avaient été annulés, le recours au redoublement était découragé, « cela enlevait de fameuses pressions sur les épaules des enfants et de leurs parents. Ce n’est plus le cas désormais. Les résultats de l’année dernière ne sont pas transposables. »

Stages et plaines de vacances : le casse-tête

« Parmi les parents qui nous contactent, certains ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école à cause de la circulation du virus, et plaident pour la suspension de l’obligation scolaire », constate Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles. « Mais ce n’est pas notre position. Beaucoup d’écoles ne sont pas touchées par le virus. Il n’y a pas de raison de prendre une mesure unique de fermeture d’école. » Quant aux mesures qui concernent les stages et pleines de vacances, elles risquent de poser bien des difficultés.

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La bulle de 25 enfants, encore effective durant les congés de Carnaval, est ramenée à 10. “C’est la catastrophe. Les opérateurs d’accueil ont tout préparé pour des groupes de 25. Passer à des groupes de 10, cela change tout“, s’inquiète Annick Cognaux, responsable de la direction Accueil Temps Libre de l’ONE. D’autant que l’organisation est très stricte : les groupes ne peuvent pas se croiser, les moniteurs ne sont pas autorisés à passer de l’un à l’autre, le résidentiel est interdit. “Il faut donc multiplier le nombre d’animateurs, adapter les infrastructures, car les groupes doivent être complètement autonomes“. Un casse-tête. Avec aussi des interrogations sur la rentabilité de pour les organisateurs dans de telles conditions. « Conséquences : beaucoup de stages risquent d’être annulés. À deux semaines des vacances, nombre de parents nous interpellent à ce sujet », rapporte Christophe Cocu, qui rappelle qu’à Carnaval, un dixième des stages et plaines de vacances avaient été annulés. Combien le seront cette fois ? Difficile de le dire à ce stade, répond Annick Cognaux. “Beaucoup envisagent l’annulation. Certains l’ont déjà décidé, d’autres attendent encore.

Mais l’offre va diminuer, c’est inévitable. Et les parents devront d’adapter. La Ligue des Familles se félicite néanmoins d’avoir pu obtenir la prolongation du chômage « Corona », en principe suspendu à partir du 30 mars. Celui-ci pourra en outre s’applique en cas d’annulation de stage, non plus uniquement en cas de quarantaines scolaires. Rappelons cependant que le chômage corona ne couvre que 70% du salaire.

Quelle solution pour les parents ?

Pour les parents, les alternatives sont maigres. Et la demande est grande. Comme en témoigne le Haricot magique. Ce dispositif de soutien à la parentalité situé à Ixelles, rue Fritz Toussaint, s’est un peu transformé avec la crise sanitaire. En principe, ce café-poussette propose un espace adapté aux enfants et dédié au partage et à l’échange entre parents. Depuis le second confinement, il propose aux familles de venir par bulle uniquement. « Nous avons des parents en proie à des problèmes de garde d’enfant qui viennent pour pouvoir travailler pendant que leurs petits jouent dans les espaces dédiés, mais d’autres familles viennent pour se retrouver en « terrain neutre » parce qu’elles en ont besoin pour toute sorte de raison », explique Rachida Bouganzir, la responsable. Et les besoins sont importants : le lieu est débordé de demande et ne peut satisfaire tout le monde, surtout à l’approche des vacances.

Mais pour certains, la seule solution envisageable sera de confier les enfants à leurs grands-parents, eux-mêmes personnes à risque…

Sabine Ringelheim – Photo BX1