Pour le monument Céline Dion, suivez les guides Pomme et Safia Nolin

Non, ce n’est pas du second degré: la Française Pomme et la Québecoise Safia Nolin revisitent Céline Dion en guitares-voix, en festival, pour donner “une portée différente” à un répertoire occulté par l’étiquette mégastar. C’est une des créations les plus intrigantes du festival français du Printemps de Bourges cette semaine. Sur le papier, rien ne semble plus éloigné que l’univers pop-folk épuré des deux complices et celui de l’interprète de la chanson-phare de la B.O. de “Titanic”.

Pomme, consacrée en France pour son dernier album “Les failles”, l’avoue sans détour : si au départ elle a été “impressionnée par sa technique” vocale, elle n’était pas “trop touchée” par les chansons de celle qu’elle voyait comme “une machine de guerre”, taillée pour remplir les salles à Las Vegas.

“J’étais dans un rapport un peu hautain, comme souvent en France avec elle”. Mais, “en passant du temps au Québec”, devenu son deuxième pays, “en se renseignant sur elle”, Pomme a fini par “écouter ses chansons d’une autre manière” et à se laisser gagner par “l’émotion” de certains titres.

“La création de Pomme et Safia Nolin, en dépouillant les chansons en guitares-voix, en allant au cœur de la note, le tout fait avec beaucoup de respect, va mettre en lumière un répertoire très intimiste”, salue pour l’AFP Boris Vedel, directeur du Printemps de Bourges. 

“En France, on a souvent l’image de Céline Dion brocardée par les émissions satiriques, qui se moquaient de sa relation avec son mari-manager René, mais il ne faut pas oublier qu’elle touche les gens et que derrière les productions à l’américaine, très orchestrées, il y a de belles mélodies” développe-t-il.

Prononcez le nom “Céline Dion” et Safia Nolin, figure de la scène indépendante québécoise, est intarissable. “C’est ma première idole, à l’âge de 5-6 ans, c’est la raison pour laquelle je fais de la musique et elle restée la plus importante pour moi”, raconte-t-elle à l’AFP, en visio depuis son pays. 

“Je suis Québécoise, elle nous représente, dans ta famille ce serait la petite fille qui fait un exploit dont personne n’est capable”. Cette tatouée au crâne désormais rasé, qui n’a pas sa langue dans sa poche quand il faut dénoncer homophobie ou grossophobie, perd tous ses moyens quand elle croise Céline Dion. 

“Une fois, c’est dans les loges avec ma soeur et ma belle-soeur, sans blague, mon cerveau devient comme de la compote et je me mets à parler comme une enfant de deux ans avec une voix super aiguë (rires)”. “Je ne savais pas quoi lui dire, je me voyais mal faire ‘hey j’ai chanté aux Trois Baudets (petite salle à Paris)’ alors qu’elle fait Las Vegas (rires)”.

“On veut faire écouter sa musique avec une portée différente”, commence Pomme. “On est un peu un canal, un genre de projecteur pour que les gens soient touchés par elle et sa musique”, conclut Safia Nolin.