Racisme à la Terrasse O2, à Uccle ? Les versions s’opposent

La Terrasse O2, à Uccle, est accusée de racisme par un entrepreneur bruxellois.

Sur le site de l’Hippodrome de Boitsfort, la Terrasse O2 effectue-t-elle un tri de ses clients sur base de critères raciaux ? C’est en tout cas l’accusation lancée contre cet établissement de standing par un entrepreneur bruxellois, après que plusieurs personnes de couleur se soient vu refusé l’accès, explique-t-il dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

Vendredi dernier, celui qui se fait appeler Paul Newman sur Instagram alerte, en effet, sur des faits de racisme qui se seraient produits à l’entrée de cet établissement ucclois, avant de donner des précisions dans une seconde vidéo ce dimanche. Dans celle-ci, il explique avoir été invité, dans le cadre d’un partenariat commercial, lui qui est actif dans le domaine du cigare. De son côté, la Terrasse O2 nie tout partenariat. “Il s’agit d’une contrevérité, d’autant que le concept-même de la Terrasse O2, ‘une bulle d’oxygène au coeur de la ville’, exclut de facto la promotion de produits à fumer. Nous n’avons donc jamais été en affaire ni même en discussion avec Monsieur Ndagijimana à ce sujet“, indiquent les co-fondateurs de la terrasse, dans un communiqué.

► Article | Un jeune Bruxellois accuse la Terrasse O2 de racisme, l’établissement nie (21/06/2021)

Dans sa vidéo, l’internaute indique qu’il “recommande cet endroit, je donne les informations par rapport à l’établissement“. D’autres amis souhaitent alors le rejoindre, c’est là que les choses se compliquent : “Plusieurs personnes de couleur noire sont alors arrivées sur le parking, mais on leur a expliqué que le parking était full. Or, ce n’était pas le cas, d’autres voitures derrière avec des personnes de couleur blanches pouvaient passer. Ca, on ne comprend pas finalement, grâce à un appel vidéo de ma part, on les laisse rentrer… (…) je ne suis pas une carte de visite”, regrette-t-il.

Quelques minutes plus tard, c’est un problème de nom sur la liste d’invités qui est évoqué “alors qu’il fallait réserver“, explique Paul Newman, “Je suis intervenu et il s’avère que leurs noms étaient bien sur la liste, mais apparemment il faut une carte de membre. Or la grande majorité des personnes présentes ce jour-là n’avaient pas de carte de membre“.

Troisième fait évoqué, lorsqu’il arrive avec “deux amis noirs, bien habillés (…) On répond alors que “ce ne sont pas des habitués, qu’on ne les connait pas“”, explique-t-il, “Ils m’ont aussi dit que si mes amis revenaient sans moi, ils ne rentreraient pas“. “C’est clairement de la discrimination au faciès“, analyse-t-il.

Vidéo de @thepaulnewman, publiée sur Instagram

Une polémique indigne, non fondée

La Terrasse O2 a réagi à ces allégations. Dans un communiqué, d’abord, où ses fondateurs, indiquent que “l’incident à caractère prétendument raciste est une polémique non-fondée, lancée par une personne visiblement en quête de notoriété qui, sur fond de victimisation, entend faire le buzz à bon compte“, et ce au terme d’une “enquête interne diligentée dès le lendemain, vendredi 18 juin, notamment auprès de la société ESG Security, qui assure la sécurité du site et à qui nous renouvelons notre confiance“.

Mardi, le porte-parole de la Terrasse O2 a accepté de répondre à nos questions. Il indique que “forcément, le milieu de la nuit, de l’Horeca, est conscient des problèmes de racisme, de discrimination qui existent, on ne va pas le nier. Mais dans le cas présent, on conteste évidemment les reproches qui sont fait. Il faut savoir que la Terrasse O2 existe depuis 17 ans, nous avons accueilli près d’un million de visiteurs. Et sur ce million de visiteurs, jamais nous n’avons été confronté à des accusations aussi graves (…) Je pense que les choses vont se déplacer du côté de la justice, car les accusations de racisme sont des faits qui sont répréhensibles et qui sont condamnables par la justice. Et donc si flagrant délit de racisme il y a eu, que la justice soit saisie, fasse une enquête, fasse éclater la vérité : cette vérité-là, nous sommes prêts à y être confronté avec sérénité et détermination“.

Quant au possible filtrage réalisé à l’entrée des lieux, le porte-parole indique qu’il n’en existe pas à proprement dit, “en tout cas sur des questions de couleur de peau ou de racialité. Il y a effectivement, en fonction de l’heure de la journée, certains critères qui sont demandés pour que l’endroit soit agréable pour tout le monde : la Terrasse O2 est ouverte de midi à 23h, donc en fonction de l’évolution des horaires les publics changent (…) L’après-midi, nous y accueillons des familles avec des enfants, mais à partir de 18h, les enfants de moins de 18 ans ne sont pas permis, et nous demandons pour avoir un esprit agréable pour tous les visiteurs que la tenue vestimentaire corresponde à certains critères : pas de tongs, de short, de marcel, etc“.

Il explique également que les propriétaires, le personnel et certains sponsors sont victimes d’intimidations, de pressions, de menaces de mort, suite à cette affaire, et que la possibilité d’introduire une plainte est en cours d’étude.

Des réactions politiques

Lundi, le dossier est remonté au niveau politique. Au Parlement bruxellois, le député Kalvin Soiresse Njall (Ecolo), par ailleurs co-fondateur du collectif Mémoire Coloniale, a interpellé la secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des Chances, Nawal Ben Hamou (PS) sur la question. Dans une interpellation, il lui demande notamment “Quelles sont les démarches d’inclusivité, de sensibilisation menées auprès des tenanciers et directions d’établissement de ce profil pour que de tels faits racistes s’arrêtent ?“.

La sécrétaire d’État avait également réagi, lundi, sur Twitter, indiquant qu'”il est plus que nécessaire, encore aujourd’hui, de rappeler que toute forme de racisme, que ce soit dans les lieux de sortie ou dans le logement, sont non seulement intolérables, mais surtout punies par la loi ! Via le futur plan d’actions de lutte contre le racisme et les discriminations qui se basera sur les recommandations issues des Assises de lutte contre le racisme qui se clôturent prochainement, j’entends bien apporter des réponses concrètes à ces actes“.

 

 

Arnaud Bruckner, avec T.D. – Photo : Belga (archives) – Instagram

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22 juin 2021 - 14h53
Modifié le 23 juin 2021 - 12h41