Pour l’opposition, les audits démontrent un manque de vision et de positionnement stratégique

L’agence Bruxelles Propreté souffre d’une organisation défaillante, d’un manque de vision et de positionnement stratégique, estime l’opposition MR et cdH du parlement bruxellois après une première analyse des rapports d’audit sur la comptabilité analytique de l’agence, sur sa structure, et celui, encore partiel sur la gestion du personnel.

Les audits ont été présentés il y a une semaine et demie en commission du parlement, mais ils n’ont jusqu’ici pas encore donné lieu à un échange de vues entre parlementaires et le ministre de la Propreté publique Alain Maron (Ecolo). Cet exercice parlementaire est prévu mercredi prochain.

Bruxelles Propreté : un changement en profondeur du mode de fonctionnement s’impose selon les audits

Les membres de la commission ont entamé leur travail d’analyse des documents. Pour le MR, les audits confirment malheureusement un certain nombre de choses que la principale formation de l’opposition dénonce depuis plusieurs années: des coûts de gestion en hausse constante, une défiance autour de la gestion des comptes de l’agence dont la situation financière est préoccupante, malgré une augmentation des dotations. Ces exercices de contrôle externe ne permettent toutefois pas d’y voir clair sur la performance de l’Agence dans ses activités de service public, ni sur la situation financière existante. Pour la députée libérale Viviane Teitelbaum, quoi qu’en dise le ministre de l’Environnement Alain Maron, l’audit sur la comptabilité analytique ne creuse pas suffisamment l’état financier de l’ABP, de nombreuses questions restant en suspens en la matière.

A ce propos, il manque selon elle une estimation fiable de la quantité des déchets commerciaux collectés dans le cadre de la collecte des sacs fuchsias. Cette absence de comptage spécifique ne permet donc pas de vérifier avec précision la capacité d’autofinancement des activités commerciales. Or, cette exigence a été jugée non rencontrée, par le tribunal de première instance, sur recours du groupement d’entreprisses privées du secteur des déchets intérêts privés Go4circle et vaut à l’agence une suspension de 20% de sa dotation annuelle.

Autre problème relevé dans ce volet des audits: la filiale de l’agence Distripropre preste des services de prospection commerciale facturés à l’ABP. Dans la comptabilité analytique de l’agence, ces coûts sont imputés à la fois aux activités commerciales, et majoritairement aux activités non commerciales. Il importe de se demander si les délégués commerciaux sont rémunérés par l’ABP alors qu’ils prestent uniquement des activités commerciales pour Distripropre, indique en substance Viviane Teitelbaum. Le MR n’est par conséquent pas du tout persuadé que l’agence n’utilise pas des ressources financières publiques pour mener des activités privées. Il estime que la responsabilité du PS dans ces manquements est engagée.

Toujours selon les libéraux, l’audit sur les structures est par ailleurs accablant, ils dénoncent que “des flux financiers et accords entre l’ABP et ses filiales ne sont pas toujours très transparents et sources potentielles de conflits d’intérêts”, une absence de vision stratégique en matière de gestion des besoins en personnel, un manque de vision organisationnelle tournée vers et pour l’opérationnel; l’absence de système de mandats pour sa direction; d’évaluation des cadres; un manque de culture axée sur l’efficacité mandats. Les effectifs ont eu tendance à exploser sans que l’on aie procédé à des évaluations de fonctions; l’efficacité opérationnelle plie sous le poids de la pression syndicale, pointe aussi le MR pour qui une profonde modernisation s’impose en commençant par inciter l’agence à innover.

Pour le cdH, Véronique Lefrancq voit dans les résultats des audits l’opportunité de faire de l’ABP un acteur primordial dans les objectifs environnementaux et sociétaux de la Région. La députée démocrate humaniste voit en Bruxelles Propreté un acteur clé dans les objectifs de transition de la Région. Elle propose par conséquent d’organiser une collaboration croisée, voire une fusion entre l’agence et Bruxelles Environnement, deux organismes bruxellois directement liés par leurs objectifs environnementaux, et placés sous la tutelle du ministre Maron. Mais le temps presse, ajoute-t-elle en substance. Or, la manière dont le ministre a présenté les résultats -présentation à la presse avant le parlement; présentation en commission et puis deux semaines d’attente avant un échange de vue entre parlementaires et le ministre – ne la rassure pas.

Belga 

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04 juillet 2020 - 19h00
Modifié le 04 juillet 2020 - 19h00