L’entrepreneur ucclois Viktor Labin condamné pour “délit politique”, suite à son commerce avec la Russie
L’homme était poursuivi pour avoir orchestré un trafic de matériel sensible à destination de la Russie depuis son domicile. “Une atteinte à la sécurité publique” au regard du contexte international, a estimé le tribunal.
Le tribunal de première instance francophone de Bruxelles a tranché : Viktor Labin, un chef d’entreprise résidant à Uccle, ainsi que deux autres prévenus, son fils R.L. et I.P., ont bien commis un “délit politique” au regard du droit international. Il leur est reproché d’avoir continué à exporter vers la Russie des produits interdits par l’Union européenne suite à l’invasion de l’Ukraine.
Parmi ces exportations, l’oxyde d’yttrium, un produit principalement utilisé dans l’industrie pour fabriquer des lasers puissants, des verres spéciaux et des matériaux de pointe comme les supraconducteurs. Considéré comme un bien à double usage (pouvant être utilisé tant sur le plan civil que militaire), son exportation vers la Russie est formellement interdite depuis les sanctions européennes édictées en 2022.
L’exportation de ce produit n’est pas le seul fait reproché aux prévenus. Viktor Labin et son fils, R. L., ont également été jugés coupables par le tribunal bruxellois d’avoir exporté un capteur et une machine à usage militaire vers la Russie.
Le tribunal correctionnel a souligné dans son jugement que l’exportation de biens à double usage et le commerce de certains matériaux avec la Russie était une “atteinte à la sécurité publique”.
En revanche, l’exportation d’oxyde d’alumine qui était reprochée aux prévenus n’a pas été retenue par le tribunal, ce dernier estimant que la base légale n’était “pas suffisante“.
Une organisation criminelle
L’organisation dirigée par Viktor Labin et son fils, R.L. a été reconnue comme “criminelle” par le tribunal bruxellois, tandis que le troisième prévenu, I.P., a participé à cette organisation comme exécutant. La présidente du tribunal a précisé que cette organisation utilisait des sociétés intermédiaires pour dissimuler la finalité commerciale réelle de ses activités, lesquelles favorisaient la poursuite de l’invasion de l’Ukraine.
“Au moins trois individus ont été associés et impliqués de manière structurée dans le but d’obtenir des avantages patrimoniaux pendant deux ans“, a acté le tribunal. Viktor Labin était à l’initiative et supervisait les transactions commerciales litigieuses, a estimé le tribunal, qui s’est notamment appuyé sur une analyse des conversations téléphoniques. Des faux et usages de faux ont également été reconnus par le tribunal.
L’enquête pénale ouverte contre les trois hommes a démarré suite au rassemblement d’éléments par la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF).
De trois à six ans de prison
Le tribunal a condamné Viktor Labin à cinq ans de détention, dont quatre ans d’emprisonnement ferme. Le prévenu, qui n’avait pas d’antécédent judiciaire, qui est âgé et dont l’état de santé s’est dégradé ces derniers mois, bénéficie d’un sursis pendant cinq ans pour ce qui excède les quatre ans de détention. Il a été condamné à une amende de 80.000 euros. L’homme avait déjà été placé en détention provisoire depuis juin 2025.
R.L., qui n’a pas participé à son procès et se trouve en Russie, a été condamné à six ans de détention ferme. Le parquet fédéral a demandé son arrestation immédiate. R.L. n’avait pas non plus d’antécédent judiciaire avant sa condamnation prononcée jeudi. Il a été condamné à une amende de 80.000 euros.
I.P., sans antécédent judiciaire également, a été condamné à trois ans d’emprisonnement, avec un sursis pour la totalité de la peine. Il a été condamné à une amende de 8.000 euros. I.P. avait été libéré sous conditions le 19 juin 2025, a rappelé le tribunal jeudi, et a respecté jusqu’à présent toutes les conditions prévues avec la maison de justice. L’homme poursuit également ses activités commerciales.
Les trois hommes peuvent encore faire appel.
En 2024, le média d’investigation The Insider évoquait déjà le nom de Viktor Labin, agissant comme “opérateur de terrain” pour la Russie depuis Bruxelles. Des allégations que le principal intéressé avait vivement contesté. La justice avait néanmoins confirmé auprès de BX1 que l’homme se trouvait bien “dans le radar de la sûreté de l’Etat”.
BX1 avec Belga