La fromagerie “La Câlinerie” à Jette victime de deux vols en une semaine : “La police m’a dit que j’étais la nouvelle cible de ce groupe”

Amandine, la gérante, est psychologiquement à bout après ces multiples agressions.

Mercredi dernier, un homme et son enfant de quatre ans sont entrés dans la fromagerie “La Câlinerie” à Jette. Le papa a profité de l’occasion pour voler de la marchandise à Amandine, la gérante. Celle-ci a alors décidé de fermer la boutique jusqu’au vendredi. Elle a également contacté la police, qui lui a précisé ne rien pouvoir faire. “Quand on vole pour moins de 250€ de marchandises, ce n’est pas puni par la loi“, explique Amandine. Elle a partagé la vidéo du vol sur les réseaux sociaux : “En seulement quatre mois d’activité, j’ai été confrontée à une série de difficultés qui m’ont profondément attristée et découragée. Mon établissement a été victime de vols répétés, tant de marchandises que d’argent. J’ai été menacée verbalement, et récemment, un nouveau vol de fromage est venu ternir mon expérience d’entrepreneure“.

Une semaine plus tard, la fromagerie est à nouveau visée. Alors que la gérante a mis en place un nouveau système de sécurité, avec une alarme et une clé, un homme est entré dans la boutique aux alentours de 17h30. “Des clients venaient d’entrer, et je n’ai pas pensé à refermer directement derrière eux“, explique-t-elle. L’homme a alors exigé de goûter du fromage, en expliquant qu’il n’avait pas d’argent pour en acheter. Très rapidement, celui-ci s’en est pris verbalement à la jeune fromagère.

Les clients, “qui assistaient à une pièce de théâtre“, n’ont pas directement réagi. Elle leur a demandé de contacter la police, pendant qu’elle-même appelait son compagnon en renfort. Ce dernier est arrivé au plus vite sur les lieux et a pu se débarrasser de l’intrus à l’aide d’un pied-de-biche. “Il l’a poussé par terre. Ensuite, il a demandé de l’aide à une patrouille de police qui passait par là. Mais comme ce n’était pas la patrouille qui devait venir pour nous, on a dû attendre“, regrette Amandine.

La patrouille qui avait été appelée a fini par arriver. Et c’est la stupeur pour la gérante : l’intrus est bien connu de la police, puisque c’est la deuxième fois qu’il est interpellé pour des faits similaires. “Mais, comme c’est un sans-abri et qu’il n’a pas de papiers, la police n’a rien pu faire.” Elle poursuit : “La police m’a dit que les voleurs se passaient le mot et que j’étais la nouvelle cible de ce groupe“.

Terriblement affectée, Amandine a décidé de fermer sa boutique pour une durée indéterminée. “Pour l’instant, je n’ose pas rouvrir. Je me dis : cela va à nouveau arriver“, explique-t-elle. “Mais je vais devoir rouvrir.” Elle continue néanmoins de fonctionner sur commande.

La gérante précise aussi qu’elle n’est pas la seule à avoir été victime de vols dans le quartier. “Une pharmacie a été touchée 16 fois !“, s’indigne-t-elle. “Mais je pense être la seule à avoir été victime autant de fois en si peu de temps.” En effet, au-delà des deux vols, Amandine précise qu’elle a été agressée dans sa boutique le vendredi 19 avril.

Son domicile également touché

Les faits contre Amandine ne s’arrêtent malheureusement pas à sa boutique. Dans la nuit de vendredi à samedi, une personne a tenté de rentrer, en vain, dans son domicile familial. Bien qu’un agent de quartier soit passé chez elle, il n’a rien pu faire. “Il a juste signé un papier disant qu’il était venu. C’est tout“, déplore la gérante de La Câlinerie.

Quant à la raison qui pousserait les gens à l’agresser, Amandine a son idée : “Je suis une nouvelle gérante dans le quartier. Et je suis une femme seule dans sa boutique“.

Un manque d’action

Amandine regrette le manque d’action au niveau de la police et de la commune. “La première fois, on me dit qu’on ne m’a pas volé assez. La deuxième fois, on me dit que c’est un sans-abri. Il faut que je me fasse agresser physiquement pour que quelqu’un réagisse.” De plus, “aucun P.V. n’a été dressé“, indique Amandine.

La commune ne fait rien“, poursuit-elle. “J’ai contacté la bourgmestre et le commissaire. Ils m’ont dit qu’ils étaient choqués, mais je n’ai pas plus de nouvelles.” “Excusez-moi de l’expression, mais on me chie à la gueule“, conclut la gérante de La Câlinerie.

Contactée, la commune ambitionne d’augmenter le passage des patrouilles et de mettre au point une formation pour les gérants. Elle conseille aussi aux commerçants de ne pas rester seuls et de verrouiller leurs portes.

E.V. – Photo : BX1 (After)

■ Reportage de Charlotte Verbruggen et Loïc Bourlard