Procès des attentats de Bruxelles : “l’homme au chapeau” et les planques racontés par les enquêteurs

Peu après le début de l’audience de ce jeudi, au procès des attentats de Bruxelles, plusieurs accusés ont décidé de quitter la salle. C’est le cas des frères Farisi : Smail a dit souffrir d’agoraphobie et de se sentir mal, alors qu’Ibrahim a invoqué un rendez-vous administratif.

Je ne vais pas bien“, a déclaré Smail Farisi après avoir demandé la parole à la présidente. “Je souffre d’agoraphobie depuis un an et demi. Ma santé est vacillante, vachement même.” Il a ajouté avoir été “obligé” de boire deux bières le matin pour venir à son procès. “C’est les médocs ou l’alcool. Le cocktail est fou“, a-t-il dit. “Je vais y aller, madame.” Smail Farisi souffre d’alcoolisme depuis plusieurs années, comme l’indique l’acte d’accusation.

En principe, les accusés assistent aux témoignages“, a rétorqué la présidente de la cour d’assises, Laurence Massart. Elle a demandé à la Croix Rouge de venir en aide à Samil Farisi, qui est finalement parti avec les secouristes, ajoutant “merci et désolé“.

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Le frère de Smail, Ibrahim Farisi, lui a rapidement emboîté le pas, invoquant un rendez-vous au CPAS nécessaire au maintien de son revenu d’intégration sociale.

Les frères Farisi sont accusés d’avoir apporté une aide logistique aux terroristes du 22 mars 2016. Ce sont les deux seuls accusés à comparaître libres au procès.

Osama Krayem a également décidé de quitter la salle, depuis le box des accusés. Il est retourné dans le cellulaire, sans explications. Son interprète a ajouté qu’il ne souhaitait pas s’exprimer.

Ce jeudi, l’audience est consacrée aux devoirs d’enquête liés aux deux explosions survenues à l’aéroport de Zaventem. Les autres accusés y assistent.

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11h34 – La fuite de “l’homme au chapeau”

Devant la cour d’assises du procès des attentats, les enquêteurs ont retracé la fuite de Mohamed Abrini, “l’homme au chapeau”, depuis l’aéroport jusqu’au boulevard du Jardin Botanique, à Bruxelles.

Grâce, notamment, à l’analyse des images capturées par les caméras de surveillance, un “travail de fourmi”, les enquêteurs ont pu retracer le chemin suivi par Mohamed Abrini.

Sur les images diffusées devant la cour, on voit Mohamed Abrini quitter le hall des départs à 07h59 via un parking. Il quitte l’enceinte de l’aéroport à 08h11 et traverse plusieurs routes en direction du centre de Zaventem. Il sort du champ des caméras de surveillance à 08h13.

Grâce à l’appel d’un témoin qui affirme avoir vu l’homme au chapeau sur la chaussée de Louvain alors qu’il passait devant une centrale de pneu, les enquêteurs retrouveront la piste de l’homme au chapeau qui se dirige vers la place Meiser. Les caméras le captent vers 09h15 sans la veste claire qu’il portait à l’aéroport.

Le 28 mars, soit six jours après les attentats, l’analyse des images permet de retrouver sa trace à Schaerbeek, au carrefour entre l’avenue de la Brabançonne et la rue du Noyer, à 09h50. À ce moment-là les enquêteurs le perdent de vue et sont contraints d’analyser les images de toutes les caméras de surveillance environnantes pour le localiser de nouveau à Saint-Josse-ten-Noode à 10h01 alors qu’il se dirige vers la place Rogier via le boulevard du Jardin botanique où on perd définitivement sa trace à 10h15.

Un avis de recherche sera lancé dans les médias et une enquête de voisinage sera menée mais ni l’un ni l’autre ne déboucheront sur une piste. Mohamed Abrini sera finalement arrêté le 8 avril chaussée de Mons alors qu’il se dirige vers le domicile de Hervé Bayingana Muhirwa.

Des recherches seront effectués les 24 et 29 mars et une autre enquête de voisinage sera menée le 2 avril à Zaventem centre afin de retrouver la veste dont le fuyard s’était débarrassé mais celle-ci ne sera jamais retrouvée. Mohamed Abrini affirmera l’avoir jetée dans une poubelle. Deux chapeaux semblables a celui qu’il portait ont également été découverts, mais l’enquête montrera qu’il ne pouvait s’agir de son chapeau.


13h26 – La téléphonie a permis d’identifier un triangle de planques

L’analyse des données de téléphonie mobile a permis d’identifier un “triangle de planques” des terroristes, ressort-il de l’exposé du commissaire Kris Meert devant la cour d’assises. La planque de la rue Max Roos, la cellule de l’avenue des Casernes à Etterbeek, et la cache de la rue du Dries étaient ainsi connectées.

Les terroristes achetaient des téléphones “jetables” (bon marché, NDLR) en série ainsi que des cartes prépayées. Celles-ci pouvaient encore être achetées et activées de manière anonyme -sans devoir présenter de pièce d’identité- à l’époque des faits, a expliqué le commissaire Meert.

Les enquêteurs sont partis du numéro utilisé pour appeler le taxi qui a emmené le commando à l’aéroport de Zaventem. Ils ont ensuite pu mettre la main sur des emballages de téléphones et un appareil.

En analysant les appels passés, ils ont découvert que, le matin du 22 mars 2016, le commando de Zaventem et celui de la station de métro Maelbeek ont tenté, sans y parvenir, de se joindre mutuellement. D’abord, la cellule partie de la rue Max Roos a appelé sans succès celle de “Maelbeek”. Puis, c’est la cellule “Maelbeek” qui tente de joindre celle de Zaventem.

D’après un SMS envoyé par la boîte de messagerie, un message est laissé par la cellule “Maelbeek” à l’autre commando, et cela après les explosions à l’aéroport de Zaventem. Ce message vocal n’a jamais pu être retrouvé et écouté.

Ils (les terroristes, NDLR) n’arriveront jamais à se joindre“, a noté la juge d’instruction Berta Bernardo Mendes.

Les enquêteurs ont classé les numéros de téléphone en trois catégories : ceux utilisés pour les contacts d’urgence entre les différents lieux d’hébergement ; ceux pour la location et le suivi des hébergements et ceux utilisés pour l’exécution les attentats (commander le taxi, notamment).


15h51 – Du matériel découvert par des éboueurs

Le 22 mars, une équipe d’éboueurs a découvert du matériel informatique dans la rue Max Roos à Schaerbeek lors de sa tournée. Remarquant une présence policière importante en fin de matinée, les éboueurs décident de remettre le matériel à la police, a relaté le commissaire Kris Meert.

Dans un sac poubelle blanc classique, les éboueurs trouvent un ordinateur de la marque HP ; un autre de la marque IBM, endommagé ; un téléphone portable de la marque Zizo ainsi que deux cartes SIM. En ouvrant le PC, les éboueurs tombent sur du contenu de type djihadiste, a poursuivi le commissaire Meert. Ils font alors le lien avec les explosions qui viennent de se produire. Ils remettent le matériel à la première patrouille qu’ils vont croiser. Le PC se révèle être une mine d’informations qui seront présentées à la cour ultérieurement. Le 2e PC n’a pas pu être exploité par les enquêteurs, car il a été jeté à la benne par les éboueurs.

Le téléphone Zizo, par contre, permet de retracer trois tentatives d’appel d’un numéro vers un second et un sms envoyé vers le même numéro le 16 mars 2016. Le message est court : “Hamza ?”. Les enquêteurs pensent qu’il a été envoyé à Sofien Ayari, surnommé Abou Hamza, pour tenter de prendre contact avec Salah Abdeslam et Sofien Ayari, qui avaient pris la fuite le 15 mars après une perquisition et une fusillade dans la planque de la rue du Dries. C’est ce SMS qui a permis d’établir un lien entre la rue Max Roos et la rue du Dries, a résumé la juge d’instruction Sophie Grégoire. Le téléphone contenant le SMS en question a été retrouvé sur le chemin de fuite de Salah Abdeslam et Sofien Ayari à Forest.

Perquisition Immeuble Max Roos - Attentats de Bruxelles 22 mars 2016 - Belga Thierry Roge
L’immeuble de la rue Max Roos – Photo : Belga/Thierry Roge

Une autre carte SIM liée à une tablette Samsung est retrouvée par les éboueurs et remise aux enquêteurs, mais pas de tablette. Les investigateurs décident alors d’auditionner à nouveau les éboueurs pour tenter de retrouver l’appareil. Il apparait finalement qu’un collègue avait décidé de garder la tablette et l’avait reformatée. Son contenu a donc été perdu.

Mohamed Abrini a déclaré lors de ses auditions que des centaines de tablettes ont été utilisées par la cellule entre le 13 novembre et le 22 mars. Une tablette n’était parfois utilisée que pendant quelques jours.

Des policiers schaerbeekois avaient été mis sur la piste de la planque rue Max Roos après avoir été interpellés par un riverain qui disait avoir repéré Salah Abdeslam à l’entrée d’un immeuble. C’est ce qu’a relaté le commissaire Frédéric Serrien devant la cour. Décidant de s’y rendre pour une enquête de voisinage, le policier repère des cartons sur le trottoir devant le numéro 8 de la rue Max Roos. Il s’agissait de cartons d’emballage de poubelles de marque Brabantia qui ont été utilisés par les terroristes pour contenir des explosifs. Les seaux intérieurs des poubelles se trouvaient dans les cartons et contenaient des caisses vides de boulons et de vis.

Frédéric Serrien et son unité établissent un premier périmètre de sécurité en attendant les renforts, qui découvriront par la suite une charge explosive dans un appartement du numéro 4 de la rue Max Roos.


16h53 – Un explosif improvisé

La fabrication d’explosifs improvisés de type TATP (Tri-Acétone/Tri-Peroxyde) est “risquée, certes, mais simple”, a expliqué un commandant du Service d’enlèvement et de destruction d’engins explosifs (SEDEE).

La majorité des produits qui servent de précurseurs (qui créent l’explosion, NDLR) sont disponible dans le commerce, a expliqué le militaire. “Le peroxyde d’hydrogène est un produit qui sert dans la décoloration des cheveux et dont la version fortement concentrée, à 35%, peut être achetée dans des magasins spécialisés. L’acétone, en revanche, peut-être trouvée dans n’importe quel Brico”. Il a ensuite expliqué dans les grandes lignes les étapes de fabrication du TATP et estimé, à la demande de la présidente de la cour, le temps de fabrication a une journée plus une nuit pour le séchage. Il a également ajouté que le produit était difficile à conserver car aucun contrôle ne pouvait être opéré sur la dégradation.

N’importe qui avec des bons produits, qui connait les concentrations et la température maximale à ne pas dépasser peut facilement en fabriquer, a affirmé le militaire. Le commandant a également listé les pièces à conviction trouvées sur place, notamment des bacs contenants de la poudre identifiée comme étant du TATP, des bidons de peroxyde d’hydrogène, d’acétone et d’acide sulfurique en grand nombre ainsi que du câble électrique, des emballages de piles 9V et des seringues graduées. Des éléments pouvant être utilisés dans la fabrication de l’explosif improvisé.


18h13 – Le parquet révèle un couac dans les analyses ADN

En découvrant la planque de la rue Max Roos à Schaerbeek, les enquêteurs tombent sur différentes empreintes et traces ADN qu’il faut analyser au plus vite. Les rapports préliminaires de l’INCC arrivent rapidement. Ils sont cruciaux pour faire avancer l’enquête sur un suspect qui avait quitté l’aéroport de Zaventem, a relevé Mme Bernardo-Mendez. Cinq à six mois plus tard, les rapports finaux arrivent. “On constate alors qu’il y a une discordance entre les résultats de certains rapports préliminaires et ceux des rapports définitifs“, selon la juge d’instruction.

Elle illustre : “Certains résultats considérés comme ‘feu vert’, qui indiquaient une appartenance de l’ADN à un suspect, devenaient des ‘feux rouges’, ce qui est un changement radical et “gênant“.

Berta Bernardo-Mendez cite l’exemple de l’accusé Bilal El Makhoukhi, dont on croyait avoir retrouvé de l’ADN sur un emballage de piles dans l’appartement de la rue Max Roos, à tort.

La mission de l’INCC a été arrêtée et un collège d’experts a été désigné composé de deux laboratoires qui ont dû travailler conjointement dès le mois d’avril 2017 et refaire une partie des analyses.

Belga – Photo : Belga/Eric Lalmand