“Deux personnes qui font leurs courses au supermarché paieront 69 euros de plus par mois que l’année passée”

L’inflation a légèrement diminué mais reste très élevée, alerte Test Achats.

Les prix dans les supermarchés ont fortement augmenté. Pour le mois d’août, c’est une hausse de 15% par rapport à l’année dernière. L’association de défense des consommateurs demande au gouvernement d’agir.

►Interview de Julie Frère, porte-parole de Test Achats

 

L’inflation pour le mois d’août telle que calculée par Testachats s’élève à 14,66%. Après avoir atteint un pic de plus de 20% en mars dernier, l’inflation diminue mais reste forte. En deux ans, l’inflation des produits en supermarchés frôle même 29%.  Ainsi, en août, les légumes étaient en moyenne 31% plus chers que l’année dernière, carottes (+70%) et oignons (+55%) arrivant en tête. Même constat pour les produits dérivés des légumes, comme le ketchup (+49%), le concentré de tomates (+ 41%) et les frites surgelées (+ 39%).

La forte hausse des prix n’épargne pas davantage les produits surgelés ou les produits en papier tels que les mouchoirs en papier, le papier toilette et les essuie-tout. Et pourtant, les prix de matières premières comme les produits laitiers, les céréales et les huiles sont en recul depuis un certain temps. “Ces baisses auraient dû se refléter dans le prix des produits contenus dans notre panier”, estime Testachats, qui se demande si les entreprises agro-alimentaires ne se réservent pas le bénéfice de ces baisses de prix.

“On peut très sérieusement se poser la question et il s’agit dans ce cas d’une véritable gifle pour les consommateurs qui sont confrontés à des caddies très coûteux depuis plus d’un an et demi”, insiste l’organisation de défense des droits des consommateurs, déplorant “l’inaction du gouvernement en la matière”.

L’évolution des prix en Belgique ne présente pas d’anomalie si on la compare avec les pays voisins selon une première analyse du SPF Economie que révèle mardi le ministre de l’Economie, Pierre-Yves Dermagne. Le royaume se situe à cet égard environ au même niveau que les Pays-Bas.

 

“Pas d’anomalie”

Avant les vacances, le ministre Dermagne avait annoncé qu’il activait un monitoring mensuel du prix des denrées alimentaires. Il entendait ainsi répondre à “un manque de vigueur” du secteur face à l’inflation de certains produits. Un reproche qu’ont toutefois rejeté les acteurs de la chaîne alimentaire. Les experts se sont concentrés sur plusieurs groupes de produits: pain, farine, pâtes, viande bovine, viande porcine, charcuterie, lait, fromage, sucre. Ces différentes catégories permettent d’établir des liens et de faire des projections entre les trois stades de la filière alimentaire (matière première, transformation, consommation).

“Il n’y a pas d’anomalie belge constatée dans l’évolution des prix”, selon M. Dermagne, également interrogé par SudInfo: Français, Allemands et Néerlandais sont globalement logés à la même enseigne. Si l’on observe la hausse des prix depuis début 2022, le niveau allemand est plus élevé, le français le plus bas, la Belgique se situant plus ou moins au même niveau que les Pays-Bas. “Il y a même une nouvelle rassurante. L’évolution du prix de la viande ou du sucre a été plus basse que dans nos pays voisins”, a affirmé le ministre. L’évolution des prix restera toutefois sous surveillance.

Deux études sont attendues: à l’automne, celle de l’Observatoire des prix et, cet hiver, celle de l’Autorité belge de la concurrence. La première devrait permettre de comprendre pourquoi on constate des différences de prix entre les supermarchés belges et ceux des pays voisins. Entre 2016 et 2022, les prix des denrées alimentaires et des boissons non-alcoolisées ont augmenté de 15,3 % en Belgique. Alors qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas l’augmentation a été plus importante: respectivement de 26,4% et 21,2% sur la même période. L’an prochain, l’Observatoire poursuivra son analyse sur d’autres produits: l’énergie et les produits pour bébé où des marges importantes sont suspectées.

Contrairement à la France, le ministre de l’Economie ne dispose pas du pouvoir de bloquer les prix. Une proposition de loi du PS permettant d’imposer un blocage ou un prix minimum est à l’étude à la Chambre mais à ce jour elle ne recueille pas de majorité suffisante. D’après le ministre, il apparaît également que l’indexation des salaires a joué son rôle en temporisant l’inflation. “On peut même en déduire que ce mécanisme a contribué à ce que les entreprises rognent sur leurs marges plutôt que de créer une inflation par les marges et les profits, comme cela a pu être constaté dans d’autres pays”, a-t-il souligné.

 

Avec Belga