Fin des repas scolaires gratuits dans les écoles à encadrement différencié : quels impacts pour les élèves ?
La semaine dernière, les écoles fondamentales à encadrement différencié en Fédération Wallonie-Bruxelles ont appris la fin de l’appel à projets pour les repas gratuits. Invités dans Bonsoir Bruxelles, Nevruz Unal, échevine des repas scolaires à Ixelles, et Pierre Laurens, directeur de l’école Saint-Antoine, ont exprimé l’impact social que cela risque d’engendrer chez les élèves.
Au total, près de 430 établissements de la Fédération Wallonie-Bruxelles bénéficiaient de subsides spécifiques leur permettant de proposer des repas chauds gratuits, souvent à des enfants issus de milieux précarisés. Depuis 2023, ces écoles pouvaient compter sur une enveloppe dédiée pour offrir des repas complets, sains et durables. Pour l’année scolaire 2024-2025, ce programme représentait 21,4 millions d’euros, auxquels s’ajoutaient des moyens complémentaires conséquents, notamment en personnel et en infrastructures.
À partir de la prochaine rentrée, le système change. Les moyens ne disparaissent pas totalement, mais ils seront intégrés dans les budgets de fonctionnement globaux des écoles, sans obligation d’y consacrer une part aux repas. Cette réforme suscite incompréhension et inquiétude. Directeur de l’école Saint-Antoine, Pierre Laurens souligne l’importance éducative de ces repas au-delà de leur dimension alimentaire : “Chez nous, les élèves de maternelle arrivent à 11h30 au repas. On apprend à faire la file, à attendre son tour, à goûter tous les aliments car parfois, à la maison, ils ne mangent pas ça. C’est l’occasion pour eux de découvrir des produits locaux, belges. On est une école multiculturelle, donc ça permet aussi de découvrir la cuisine locale et d’avoir une alimentation variée. Et puis, il y a tout un vocabulaire qui s’apprend à travers ça”.
Même constat du côté d’Ixelles, où l’échevine des repas scolaires, Nevruz Unal, insiste sur le rôle de sensibilisation que jouent ces dispositifs : “On mène des campagnes de sensibilisation car des enfants découvrent certains aliments au repas scolaire“.
Mais derrière ces initiatives, la question des moyens reste centrale. Pierre Laurens évoque une réponse politique à sa lettre ouverte qu’il juge insuffisante : “J’ai eu une réponse de la ministre, mais elle reste vague. Elle parle de choix politiques et du déficit de la Communauté française. Mais ce n’est pas la faute des écoles si la Communauté française est en déficit, c’est un choix politique. Dire qu’on peut continuer les repas gratuits, oui… mais pas avec 30.000 euros. Avec ça, je peux juste offrir un fruit et une soupe“.
Face à cette nouvelle réalité budgétaire, les écoles tentent de s’adapter, souvent avec des solutions limitées : “On a eu des retours de mécènes, mais ça reste ponctuel, pour une ou deux familles. Avec le pouvoir organisateur, on maintient pour l’instant le fruit à 10h et la soupe à midi“, explique encore le directeur.
Du côté de la commune d’Ixelles, la réflexion est en cours. Nevruz Unal indique que des discussions sont en cours: “On discute actuellement pour voir si on maintient le système actuel ou si on passe à une aide individuelle. Mais on ne compte pas lâcher les écoles différenciées. Nous voulons maintenir ces repas gratuits” assure-t-elle.
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■ Une interview de Nevruz Unal et Pierre Laurens au micro de Fabrice Grosfilley et Jamila Saidi M’Rabet dans Bonsoir Bruxelles