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Feu vert pour le très controversé projet Lake Side

Après trois ans de procédure, deux enquêtes publiques, des centaines de réclamations et une pétition à plus de 3 800 signatures, urban.brussels a finalement délivré hier le permis d’urbanisme pour Lake Side, la dernière grande phase de réaménagement de Tour & Taxis.

Lake Side doit compléter la transformation du site avec 670 appartements, dont 166 logements “sociaux et conventionnés”, 100 unités de co-living, 7 310 m² d’équipements publics et des espaces de bureaux. L’approvisionnement énergétique — chauffage et refroidissement — sera assuré par une installation géothermique à l’échelle du quartier, et Proximus s’installera progressivement sur le site à partir de 2028.

L’investissement total s’élève à 555 millions d’euros, étalé sur huit ans de construction, avec une fin des travaux prévue vers 2032.

Sur les 7 310 m.² d’équipements publics, une partie, soit environ 1 000 m², sera dédiée à des initiatives sociales locales telles qu’une crèche, des start-ups locales ou encore des lieux de rencontre.

Le projet combine logements, bureaux, commerces et équipements collectifs, contribuant ainsi à la vitalité et à la diversité des usages dans cette zone en pleine transformation, a indiqué jeudi la secrétaire d’État bruxelloise en charge de l’Urbanisme, Audrey Henry (MR).

La fin d’un long bras de fer ?

La procédure administrative a été entamée en mars 2023. Après avoir répondu aux exigences de deux commissions de concertation successives, Nextensa a déposé un dossier modifié en décembre 2025.

Le chemin a été long pour en arriver jusqu’ici. En mars 2025, lors de la première commission de concertation, une coalition d’associations (Inter-Environnement Bruxelles (IEB), le BRAL, l’ARAU, la maison de quartier Bonnevie et l’ASBL “La Rue”) avait appelé à rejeter purement et simplement la demande de permis, estimant le projet “complètement déconnecté des besoins sociaux, environnementaux et économiques des quartiers qui l’entourent“.

La Ville de Bruxelles avait finalement rendu un avis favorable, mais assorti de 66 conditions, demandant notamment d’augmenter la proportion de grands logements familiaux au-delà de 25% et de revoir l’habitabilité de certains appartements.

La commune voisine de Molenbeek, elle, a maintenu un avis défavorable tout au long de la procédure. 

Suite à cet avis, Nextensa a supprimé 67 appartements pour réduire la densité, intégré les 166 logements “sociaux et conventionnés” en concertation avec la société de logements “Le Logement Bruxellois”, et porté la proportion de logements à 3 chambres à au moins 25 % du programme résidentiel.

Notre reportage du 18/10/2025 : Le projet Lake Side revisité inquiète toujours les habitants: “On veut un projet qui ne laisse personne dans l’ombre”

La question du logement “abordable” : un chiffre très relatif

Audrey Henry présente le projet comme un levier pour “favoriser l’installation de la classe moyenne à Bruxelles à travers une offre de logements conventionnés, de qualité, accessibles et adaptés aux besoins des familles”. Contrairement au logement social classique, attribué sous conditions strictes de revenus à des ménages en difficulté, le logement conventionné est un logement privé dont le loyer ou le prix de vente est encadré par une convention avec un opérateur public — en l’occurrence ici, citydev.brussels. Théoriquement, il s’adresse à des ménages aux revenus moyens, pas aux plus précaires.

On se rend compte que le flou reste total sur le nombre de logement sociaux” déplore Geoffrey Usé, coordinateur du BRAL. Ce mouvement citoyen avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur ce type de communication lors des premières phases de Tour & Taxis. Les logements sociaux annoncés ne sont pas toujours assortis de garanties budgétaires concrètes — lors de la première phase “Parklane”, une offre similaire avait été faite à un gouvernement régional qui n’avait tout simplement pas les moyens de l’acquérir, aboutissant à l’absence totale de logements sociaux dans cette tranche.

La commercialisation des logements conventionnés de Lake Side sera réalisée en collaboration avec citydev.brussels, l’opérateur public régional. Cela constitue une garantie supplémentaire par rapport aux phases précédentes pour les plus sceptiques. Avec, en toile de fond, la crise du logement à Bruxelles, le compte reste cependant difficile à boucler. Plus de 56 000 ménages sont en attente d’un logement social à Bruxelles, dans une ville où le parc social ne représente que 7 % du parc immobilier total.

Des questions sans réponse claire

Plusieurs interrogations demeurent après l’octroi du permis, dont les détails, à l’heure où l’on écrit ces lignes, ne sont pas consultables sur le site openpermits.brussels.

Sur la mobilité d’abord : le projet se veut exemplaire en la matière, en libérant la quasi-totalité des voiries internes à la circulation automobile. Mais la future ligne de tram 15 censée desservir le site n’a toujours pas son permis d’urbanisme. Elle fait l’objet de contestations locales et son financement n’est pas assuré en raison des contraintes budgétaires régionales.

Sur l’imperméabilisation ensuite : les associations avaient pointé que les espaces verts du projet, construits majoritairement sur des dalles de béton au-dessus de parkings souterrains, porteraient le taux d’imperméabilisation du site à 71 %, augmentant les risques d’inondations et limitant la biodiversité réelle. Nextensa assure avoir intégré une gestion de l’eau améliorée dans la version finale du dossier.

Sur les bureaux enfin : les associations critiquaient la part importante réservée aux bureaux dans un contexte où la Région bruxelloise comptait déjà plus d’un million de mètres carrés de bureaux inoccupés. Le projet intègre désormais le futur siège de Proximus, ce qui concrétise une partie de cette programmation — mais ne lève pas les doutes structurels.

Un PPAS contesté

Derrière le débat sur Lake Side se cache aussi une question plus profonde, celle du Plan Particulier d’Aménagement du Sol (PPAS) adopté en 2017, qui encadre l’ensemble du développement de Tour & Taxis. Selon le BRAL, ce PPAS a été utilisé par Nextensa comme bouclier  face aux critiques, le promoteur rappelant systématiquement qu’il “reste dans le cadre légal”.

Mais c’est précisément ce cadre légal que les associations contestent, estimant que la participation citoyenne a été confinée aux demandes de permis, là où elle aurait dû avoir lieu en amont, lors de la définition même des orientations du site.

Inter-Environnement Bruxelles résume ainsi vingt ans de développement de Tour & Taxis comme “un cas d’école de spéculation urbaine orchestrée par les pouvoirs publics”, dans un contexte de planification “fragmenté, opaque et influencé par des intérêts privés”.

Nextensa, de son côté, insiste sur le fait qu’elle développe ce site depuis 25 ans et entend poursuivre sa contribution au quartier. Les travaux préparatoires sont prévus pour démarrer au printemps 2026.

Cette nouvelle étape “participe à l’évolution du visage du quartier Nord. Elle contribuera à redessiner la skyline bruxelloise, illustrant la capacité de la Région à accompagner des développements urbains d’envergure, dans un dialogue constructif et exigeant avec les porteurs d’initiatives”, a encore dit la secrétaire d’État Audrey Henry. À ses yeux, “un projet d’envergure comme Lake Side démontre que les relations entre le public et le privé fonctionnent. Notre Région a besoin de partenaires solides et ouverts au dialogue pour construire une ville où les Bruxellois peuvent se loger”.

Rédaction

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