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“C’est un atout majeur en cas de crise” : pourquoi la relocalisation du centre des grands brûlés de Neder-Over-Heembeek est cruciale

Le centre des grands brûlés de Neder-Over-Heembeek ne fermera pas. Le ministre de la Défense, Théo Francken (N-VA), l’a confirmé récemment : le service continuera à fonctionner, mais dans le cadre d’un projet de relocalisation au sein d’un pôle médical plus large, dont le site exact reste encore à déterminer. L’option de maintenir le centre dans le réseau hospitalier bruxellois reste toutefois à l’étude. Une décision attendue, alors que des inquiétudes grandissantes s’étaient exprimées quant à l’avenir de cette structure essentielle pour la prise en charge des brûlures graves en Belgique.

Le pays compte aujourd’hui six centres spécialisés dans les soins aux grands brûlés, pour un total de 70 lits, dont 40 en soins intensifs et 30 en medium care, pour des patients stabilisés. “Quand on compare à la France, qui dispose d’environ 200 lits pour 66 millions d’habitants, on constate que la Belgique est relativement bien dotée”, explique le docteur Serge Jennes, chef du service des grands brûlés du Grand Hôpital de Charleroi. Cette capacité permet d’assurer une prise en charge rapide et spécialisée sur l’ensemble du territoire.

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La répartition géographique de ces centres s’explique en grande partie par l’histoire industrielle du pays. À Charleroi, dans la vallée de la Sambre, comme dans le bassin liégeois, leur création répondait aux nombreux accidents liés à l’industrie lourde. À Gand et à Anvers, la présence d’une industrie chimique développée a également joué un rôle. “Bruxelles, en tant que capitale et zone à forte densité de population, a naturellement trouvé sa place dans ce réseau, avec l’implantation du centre à Neder-Over-Heembeek en 1981”, rappelle le spécialiste.

Une capacité essentielle en cas de crise

Selon lui, la fermeture du centre bruxellois aurait des conséquences importantes. “On passerait de 70 à environ 45 ou 50 lits au niveau national, ce qui augmenterait fortement la pression sur les autres centres”. Si, en temps normal, le système parvient à s’adapter, la situation deviendrait nettement plus complexe en cas de catastrophe. “Lors d’événements majeurs, disposer d’une capacité d’accueil suffisante est un atout considérable.” 

Les centres belges fonctionnent par ailleurs en réseau, via l’asbl BABI (Belgian association for burn injuries) au sein de laquelle les établissements communiquent chaque jour leurs disponibilités en lits afin de répartir les patients en fonction des urgences. “Cette coordination permet une prise en charge collégiale et une meilleure répartition des ressources, notamment lors de situations critiques”. Un mode de fonctionnement qui offre une certaine souplesse, même en cas d’afflux important de patients.

Contrairement aux idées reçues, la majorité des brûlures prises en charge aujourd’hui ne sont plus d’origine industrielle, mais domestique. “La prévention fonctionne bien dans les entreprises et il y a aussi moins d’industries à risque. Les accidents domestiques représentent désormais la majorité des cas”. Une évolution qui modifie le profil des patients, sans pour autant réduire la complexité des soins nécessaires.

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Le centre de Neder-Over-Heembeek se distingue également par le nombre de lits et de personnel dont il dispose. Toutefois, son implantation au sein d’un hôpital militaire présente certaines limites. “D’un point de vue médical, le principal problème est l’isolement. Si un patient grand brûlé présente aussi une fracture ou un autre traumatisme, il doit être transféré vers un hôpital civil”. L’établissement ne répond en effet pas à toutes les exigences imposées aux hôpitaux civils, ce qui en fait une exception dans le paysage hospitalier belge.

Pour Serge Jennes, la question de l’avenir du centre dépasse donc largement les considérations médicales. “Le défi est avant tout politique, financier et organisationnel. Il s’agit de savoir s’il existe des hôpitaux prêts à accueillir ce centre et dans quelles conditions.” Des enjeux sensibles, dans un contexte institutionnel déjà complexe.

Azad Yagirian 

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