I-Police : Sopra Steria a encore pour 250 millions d’euros de contrats avec les pouvoirs publics
C’est ce que révèle une information obtenue par le député Matti Vandemaele (Groen) auprès de la ministre compétente Vanessa Matz (Les Engagés). Le député écologiste n’a pas caché son inquiétude à ce sujet.
Sopra Steria, l’entreprise directement liée à l’échec du processus de numérisation de la police, a encore six contrats avec les pouvoirs publics, pour un montant total de près de 250 millions d’euros.
Le projet i-Police visait à numériser la police intégrée. Il avait été annoncé en 2016 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Jan Jambon. Le marché public a été attribué à la société française de conseil en informatique Sopra Steria en 2021, par Annelies Verlinden. À ce jour, 75,8 millions d’euros ont été déboursés sur les 299 millions prévus pour ce projet d’envergure, sans aucun résultat. L’actuel ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, a décidé en décembre 2025 d’y mettre fin.
La Commission de l’Intérieur de la Chambre prévoit une série d’auditions sur le dossier.
Outre i-Police, Sopra Steria a encore six autres contrats-cadres en cours avec le gouvernement fédéral, pour un montant total de 222 millions d’euros, selon le député Groen Matti Vandemaele. Au-delà de ces contrats, le deal prévoit également près de 44.000 jours de travail pour plus de 33 millions d’euros supplémentaires. Plus d’une centaine de missions spécifiques ont été inscrites l’année dernière dans ce cadre.
M. Vandemaele s’inquiète après l’échec d’i-Police. Il veut savoir si le gouvernement va intervenir à temps. “Les contrats sont liés à différents services fédéraux et donc à différents ministres. Je me demande qui se sent responsable, étant donné que tous ces contrats sont toujours en cours…”, a-t-il déclaré.
“La ministre Matz ne semblait pas pressée d’examiner ces contrats de manière approfondie. Si elle ne le fait pas, j’attends du Premier ministre qu’il intervienne”, a commenté l’élu écologiste.
La ministre Matz a demandé à l’administration d’exercer un contrôle supplémentaire
La ministre fédérale en charge du Numérique Vanessa Matz (Les Engagés) nie avoir pris peu de mesures ou fait preuve d’un manque de transparence dans le dossier Sopra Steria. Cette société de conseil française est à l’origine du projet de numérisation manqué de la police (i-Police).
Elle a demandé à l’administration compétente d’examiner les contrats avec cette société en y consacrant une attention accrue. Elle a également précisé avoir pris des mesures l’an dernier afin de réduire le recours à des consultants externes.
La ministre a ainsi réagi aux critiques du député Matti Vandemaele (Groen). Ce dernier s’est inquiété des six autres contrats-cadres importants que Sopra Steria a conclus avec les pouvoirs publics, pour un montant total d’environ 222 millions d’euros.
Il a également critiqué la ministre Matz, qui lui a fourni ces informations lui reprochant de ne pas avoir semblé pressée
d’analyser ces contrats, ni d’assumer “une quelconque responsabilité”.
Vanessa Matz n’apprécie en tout cas pas cette critique. “La meilleure défense est clairement l’attaque”, a-t-elle réagi mercredi matin. “J’ai transmis hier les tableaux avec les montants et les contrats-cadres en moins d’une heure. Je ne sais pas ce que je peux faire de plus pour être transparente”, a-t-elle déclaré.
La ministre a de plus souligné qu’elle avait demandé au SPF Bosa, le service fédéral qui travaille sur l’appui et la stratégie, d’effectuer un contrôle complémentaire des contrats avec Sopra Steria, au-delà du monitoring permanent exercé par l’administration, afin de s’assurer que les services fournis correspondent à ce qui a été demandé.
“Je n’ai pas non plus attendu M. Vandemaele pour agir”, a-t-elle poursuivi, faisant référence à un rapport de la Cour des comptes publié en novembre dernier, qui soulignait la forte augmentation des coûts de conseil, notamment en matière de TIC, sous le gouvernement précédent. Des mesures ont alors été prises pour valoriser davantage l’expertise interne, a-t-elle expliqué.
La ministre fait remarquer que les 222 millions d’euros ne sont pas encore des montants payés, mais des chiffres prévisionnels basés sur les demandes des administrations qui ont besoin d’un soutien informatique. Elle renvoie ainsi la balle au député écologiste qui était actif au sein d’un cabinet vert lors de la législature précédente. Selon elle, seuls 10 millions d’euros concernent la législature actuelle, les 210 millions d’euros restants ayant été attribués lors de la législature précédente.
“Qu’a-t-il fait à l’époque pour évaluer ces contrats ?”, a-t-elle enfin ouvertement demandé.
Belga – Image illustration du député Groen