“Manger sainement doit devenir un droit” : la sécurité sociale de l’alimentation sur la table du Parlement bruxellois
Et si chaque personne bénéficiait de suffisamment de budget pour se nourrir avec des produits de qualité ? C’est l’objectif poursuivi par la sécurité sociale de l’alimentation (SSA). Une proposition de résolution portée par Ecolo a été adoptée ce jeudi en commission du Parlement bruxellois pour demander au gouvernement fédéral d’étudier la faisabilité d’un tel mécanisme à l’échelle de notre pays. À Bruxelles, plusieurs initiatives ont déjà été lancées sans attendre le levier institutionnel.
Ce jeudi en commission santé du Parlement bruxellois, les députés PS, Les Engagés, Ecolo, DEFI et PTB ont voté pour une proposition de résolution visant à inscrire la sécurité sociale de l’alimentation à l’agenda politique fédéral. “L’idée est vraiment de pousser le gouvernement fédéral à étudier l’implémentation d’un tel mécanisme dans notre pays tout en soutenant la pérennisation des projets pilotes qui existent déjà à l’échelle local“, explique la députée bruxelloise Farida Tahar, à l’initiative de cette proposition de résolution.
En Belgique, la sécurité sociale se divise en sept branches principales : les pensions, le chômage, l’assurance accidents du travail, l’assurance maladie professionnelle, l’assurance soins de santé, les vacances annuelles et les allocations familiales. L’idée de la sécurité sociale de l’alimentation serait de venir ajouter une huitième branche consacrée à l’alimentation. “On s’inspire des principes de la sécurité sociale traditionnelle, en imaginant une allocation alimentaire mensuelle universelle. Cette allocation, initialement envisagée à 50 euros et pouvant atteindre jusqu’à 150 euros, serait financée par une contribution solidaire. Son but principal est de faciliter l’accès à des produits alimentaires de haute qualité environnementale et sociale, tout en créant un marché juste pour les acteurs des filières agroalimentaires“, détaille du Farida Tahar.
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Dans les rangs des opposants à ce projet, notamment le MR, on dénonce un mécanisme hors budget et irréalisable. Un argument balayé par la députée. “Il y a évidemment un coût, mais cela représente un investissement sur le long terme. Il y aura des retombées tant du point de vue de l’économie locale que du point de vue sanitaire”, explique-t-elle. “On constate déjà que de plus en plus de personnes précarisées font appel à l’aide alimentaire d’urgence. L’idée ici est de sortir de cette logique uniquement curative.“
En ce qui concerne la mise en place pratique de ce système, notamment pour les cotisations, la députée ne souhaite pas s’avancer. “C’est précisément pour cela que l’on demande qu’une étude de faisabilité soit menée“, ajoute-t-elle.
Une première à Schaerbeek
Pour la mise en pratique, il faut notamment se tourner vers Schaerbeek, où le Collectif de réflexion et d’action sur la sécurité sociale de l’alimentation (CréaSSA) a récemment mis en place la CLASS, la première caisse solidaire de l’alimentation en Belgique. Le concept : chaque personne affiliée à cette caisse reçoit sur une carte 150€ par mois en contrepartie d’une cotisation allant de 100€ à 225€ par mois en fonction des revenus de chacun. Ces 150€ peuvent ensuite être dépensés dans des magasins partenaires engagés dans une démarche de commerce durable et local et sélectionnés par un comité citoyen. “Ce système réduit non seulement les inégalités en permettant aux personnes plus précaires d’accéder à une alimentation de qualité, mais il profite aussi aux magasins partenaires locaux. Tout le monde s’y retrouve, c’est un cercle vertueux“, explique le coordinateur du projet Jonathan Peuch, chargé de recherche et plaidoyer chez Fian Belgique, qui pointe aussi des bénéfices en terme de santé et de soutien aux agriculteurs locaux.
Lancée officiellement en octobre, la CLASS compte aujourd’hui 114 affiliés. Le collectif aimerait atteindre les 1000 affiliés dans les trois ans.
Une utilisation différente de l’argent public
Pour Jonathan Peuch, le vote de ce jeudi en commission est une bonne nouvelle. “Un tel système de sécurité sociale de l’alimentation basée sur la solidarité à l’échelle nationale est tout à fait possible“, assure-t-il. Et face aux critiques de gaspillage d’argent public, il rétorque : “Nous dépensons plus de 40 milliards d’euros par an en alimentation en Belgique (Ndlr : une étude menée par FIAN Belgium estime que pour 43,5 milliards d’euros de nourriture consommée chaque année au niveau national, les coûts cachés en Belgique atteignent environ 90 milliards d’euros. Aujourd’hui, manger en circuit industriel détruit donc plus de valeur qu’elle n’en crée). L’idée ici est simplement de mieux l’utiliser. (…) Ce n’est pas de l’argent public supplémentaire. Ce budget aurait de toute façon été dépensée par les gens pour se nourrir. Nous voulons simplement mettre cet argent en commun et mettre en place des mécanismes pour permettre au plus grand nombre de mieux manger. Que l’alimentation saine ne soit plus un choix mais un droit.“
Le texte voté en commission ce jeudi sera soumis au vote du Parlement bruxellois en séance plénière le 23 janvier prochain.
V.d.T. – Photo : Belga