Une députée allemande accuse Ankara d'avoir voulu l'espionner

Une député allemande a accusé mercredi le gouvernement turc d’avoir “dépassé les limites” en la faisant figurer sur une liste de cibles à espionner en Allemagne, après en avoir été informée par les enquêteurs allemands. “Cela montre une nouvelle fois jusqu’où est prêt à aller le gouvernement turc pour tenter de faire taire toute voix dissidente”, a dénoncé la députée sociale-démocrate Michelle Müntefering, estimant qu’Ankara avait “largement dépassé les limites”.
Selon plusieurs médias allemands, le renseignement turc s’intéresse à cette députée de 37 ans, présidente de la commission chargée des relations germano-turques au sein du Bundestag, la chambre basse du Parlement, en raison de ses “bonnes relations” avec des partisans du prédicateur Fethullah Gülen, tenu responsable par Ankara du putsch raté de l’été dernier en Turquie.
“En tant que présidente” de la commission germano-turque, “je suis pour un dialogue franc avec les divers et difficiles interlocuteurs en Allemagne et à l’étranger”, a répliqué la parlementaire.
Mme Müntefering a été informée lundi par le ministère de l’Intérieur allemand qu’elle était dans le viseur des services de renseignement turcs (MIT), a notamment révélé le quotidien Süddeutsche Zeitung.
Le président du groupe parlementaire social-démocrate, Thomas Oppermann, a pour sa part jugé cette pratique “inacceptable” et a dit rester “sans voix face à l’acharnement avec lequel le gouvernement turc détériore les relations avec l’Allemagne”.
La justice allemande a ouvert mardi une enquête contre X sur des soupçons d’espionnage de la part de la Turquie. Selon un haut responsable régional allemand, Ankara avait demandé à Berlin de l’aider à espionner en Allemagne 300 personnes et organisations jugées proches du mouvement Gülen.
Les relations entre la Turquie et l’Allemagne, ternies sur de nombreux fronts depuis la vaste répression engagée par Ankara après le putsch, se sont fortement dégradées en mars après l’annulation de meetings favorables au président Recep Tayyip Erdogan par plusieurs villes allemandes. Le chef de l’Etat turc avait alors accusé la chancelière Angela Merkel de “pratiques nazies”.

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29 mars 2017 - 22h05