Les Roumains de nouveau dans la rue, pour le 13e jour consécutif

Des dizaines de milliers de manifestants ont formé dimanche à Bucarest un drapeau roumain géant illuminé par leurs téléphones portables pour réclamer la démission du gouvernement qu’ils accusent de miner la lutte contre la corruption. Bravant des températures glaciales pour le 13e jour consécutif, près de 80.000 personnes, dont de nombreux jeunes et des familles, sont descendues dans les rues des grandes villes de Roumanie pour exprimer leur défiance face à l’exécutif social-démocrate et « défendre l’Etat de droit ». A Bucarest, ils étaient jusqu’à 50.000 rassemblés devant le siège du gouvernement, place de la Victoire, scandant en choeur « voleurs » et « démission », selon les estimations de plusieurs médias roumains dont la télévision publique. A 21H00 locales (20H00 en Belgique), les protestataires ont tenu le défi lancé sur les réseaux sociaux en formant un immense drapeau roumain grâce à des panneaux de couleurs illuminés par les lumières des téléphones portables.
Dans le reste du pays, près de 30.000 personnes ont défilé, dont 10.000 à Cluj, la grande ville de Transylvanie, 4.000 à Timisoara (ouest) et 5.000 à Sibiu (centre).
Moins d’un mois après son investiture, le gouvernement dirigé par le Parti social-démocrate (PSD) a suscité un mouvement de contestation populaire sans précédent depuis la chute du communisme en 1989 après avoir pris le 31 janvier, de nuit et en catimini, un décret assouplissant la législation anticorruption. Celui-ci aurait permis aux fonctionnaires et aux responsables politiques d’échapper à des peines de prison en cas d’abus de pouvoir constituant un préjudice inférieur à 44.000 euros. Le chef du PSD, Liviu Dragnea, poursuivi pour abus de pouvoir, aurait ainsi pu échapper à une condamnation, selon ses détracteurs.
Des milliers de Roumains ont exprimé leur colère depuis. Ils ont été jusqu’à un demi-million dimanche dernier, un record.
Face à la fronde, le gouvernement a reculé et abrogé le décret il y a une semaine. Mais l’abrogation doit encore être validée par le Parlement où les sociaux-démocrates ont une large majorité. Le ministre de la Justice Florin Iordache, artisan du décret, a quant à lui démissionné jeudi.
« Nous voulons donner un carton rouge au gouvernement. La démission du ministre de la Justice ne suffit pas après ce qu’il a tenté de faire, ni l’abrogation du décret », a expliqué à l’AFP un des manifestants, Adrian Tofan, un entrepreneur de 33 ans. « Nous n’avons plus confiance. On doit avoir des élections anticipées », a estimé Andreea Moldovan, une médecin qui a fait plus de 170 kilomètres avec son mari pour manifester.

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13 février 2017 - 00h20