Le président tchèque contre la liquidation d'une porcherie sur un ex-camp nazi pour Roms

Le président tchèque Milos Zeman s’est prononcé jeudi contre la liquidation d’une porcherie industrielle sur le site d’un ancien camp nazi de concentration pour Roms dont l’existence est régulièrement épinglée par les militants antiracistes et défenseurs des droits de l’homme. Cette porcherie a été bâtie dans les années 70 à l’époque communiste à Lety (75 km au sud de Prague), à l’emplacement d’un camp nazi où des centaines de Roms avaient péri, de 1942 à 1943, à l’époque où l’actuelle République tchèque était dominée par les nazis.
« Je suis contre la liquidation d’une entreprise qui prospère, car ce serait une perte pour l’économie nationale », a affirmé M. Zeman jeudi soir au cours d’un entretien à la chaîne de télévision privée TV Barrandov.
Il a rappelé qu’il s’opposait à la liquidation de cette porcherie déjà à l’époque où il était Premier ministre (1998-2002).
« Sa liquidation aurait coûté pour le gouvernement et donc les contribuables environ 400 millions de couronnes (15,2 millions d’euros). Et c’était il y a quinze ans, donc aujourd’hui ce serait un milliard de couronnes (38 millions d’euros) », a-t-il dit.
« Que les entreprises agricoles et industrielles fonctionnent, sans qu’on leur mette des obstacles inutiles sur le chemin », a aussi déclaré le chef de l’Etat, avant d’admettre qu’il allait en « fâcher certains » par ses propos.
Environ 1.300 hommes, femmes et enfants roms de Bohême sont passés entre août 1942 et mai 1943 par le camp de Lety.
Pour la plupart d’entre eux, ce camp a été la dernière étape avant les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Près de 330 Roms, dont au moins 241 enfants, y sont morts, notamment du typhus.
La société privée Agpi, actuel propriétaire de la porcherie, ne s’oppose pas au déplacement, à condition que l’Etat lui offre une compensation adéquate.
Le ministre de la Culture Daniel Herman avait affirmé en 2016 qu’un accord sur le rachat de l’établissement serait conclu « avant la fin du mandat du gouvernement », en automne 2017.
A quatre mois des législatives, la situation demeure incertaine, la capacité d’action du gouvernement étant sapée par des dissensions internes.

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29 juin 2017 - 22h55