Judith Magre toujours accro au théâtre à 90 ans

Judith Magre a tout joué, d’Eschyle aux comédies de boulevard. La voici à 90 ans, toujours pimpante, dans le rôle d’une meurtrière énigmatique dans « L’Amante anglaise » de Marguerite Duras au Théâtre du Lucernaire. « Ma vie c’est le théâtre. Autrement, je m’emmerde », lance-t-elle sans ambages. Judith Magre a son franc parler. Si elle était une vieille dame -mais elle n’en a pas l’air, bien droite, visage aux pommettes hautes et rouge à lèvre éclatant- ce serait définitivement une vieille dame indigne.

Mariée une fois (à Claude Lanzmann, de 1963 à 1971) elle n’a jamais voulu d’enfant. « J’ai horreur de ça, ça ne m’a pas encombré du moins! »

Ponctuelle, elle est tous les jours à 17H30 au théâtre. « J’aime bien ranger mes petites affaires dans ma loge, nettoyer mes pinceaux. Je ne pense pas à mon rôle, mais je suis bien. »

Près de deux heures plus tard, assise bien droite sur le plateau, elle est Claire Lannes, la meurtrière qui répond sans ciller à « l’interrogateur » (Jean-Claude Leguay). Il veut savoir pourquoi elle a tué sa cousine, puis l’a découpée en morceaux avant de les jeter d’un pont ferroviaire dans des trains de marchandises qui partaient aux quatre coins de la France.

Très calme, presque absente à elle-même, elle est parfaitement « durassienne ». Sans effort. « J’apprends le texte, je le dis, basta! »

Duras, elle l’a rencontrée « quand elle était très jeune. On buvait des coups au Harry’s Bar. Elle aimait bien picoler et moi aussi. »

On retrouve dans « L’Amante anglaise » la fascination de Duras pour le fait divers (jusqu’au malheureux « Sublime, forcément sublime » à propos de Christine Villemin, suspectée d’avoir tué son fils Grégory). « L’amante anglaise », qui joue sur l’homonymie avec « la menthe anglaise » qui pousse dans le jardin de la meurtrière, est inspirée par le crime perpétré en 1949 par Amélie Rabilloux à l’encontre de son mari.

Duras dresse le portrait d’une femme opaque, dont l’univers s’est rétréci à un petit banc de ciment dans son jardin. Jeune, elle a été follement amoureuse mais s’est mariée sans amour et « se demande bien à quoi (elle) a passé sa vie depuis ».

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10 février 2017 - 10h10