19 ans de prison requis contre le beau-frère du roi

Le procureur a requis vendredi 19 ans et six mois d’emprisonnement à l’encontre du beau-frère du roi d’Espagne, Iñaki Urdangarin, jugé pour des détournements de fonds publics aux côtés de son épouse, l’infante Cristina, poursuivie pour fraude fiscale. Le couple était exceptionnellement présent au procès qui dure depuis six mois. Il n’a été contraint d’assister qu’à de très rares audiences, parmi les 17 prévenus jugés pour la retentissante affaire Noos, du nom d’une fondation présidée M. Urdangarin. Avec son ancien associé, le beau-frère du roi est accusé d’avoir détourné quelque six millions d’euros de subventions attribuées à Noos entre 2004 et 2007 notamment par les gouvernements autonomes des Baléares et de Valence alors dirigés par le Parti populaire (PP, droite).

Devant le tribunal des Iles Baléares à Palma de Majorque (îles Baléares), le procureur chargé de la lutte contre la corruption Pedro Horrach a maintenu ses réquisitions initiales contre M. Urdangarin – 19 ans et six mois de prison – et demandé qu’une amende de quelque 980.000 euros lui soit infligée. En revanche, le parquet ne requiert, depuis le début, aucune condamnation à l’encontre de Cristina de Bourbon.

La princesse n’est jugée que sur plainte d’une association anticorruption, Manos limpias (Mains propres), dont l’avocate a de nouveau réclamé vendredi qu’elle soit condamnée à huit ans de prison. En plein procès, le dirigeant de cette association avait cependant été accusé d’avoir soumis les avocats de Cristina à un chantage en réclamant plusieurs millions en l’échange du retrait de la plainte. Il a été écroué en avril, soupçonné d’avoir coorganisé un vaste réseau d’extorsion de fonds pendant des années.

De son côté, l’administration fiscale a toujours considéré que Cristina, qui détenait la moitié d’une « société-écran » présumée, Aizoon, dont son mari se serait servi pour détourner plusieurs centaines de milliers d’euros, n’avait commis aucun délit fiscal. Le procès, retransmis en direct sur des sites internet d’information, doit reprendre mardi avec les plaidoiries.

M. Urdangarin comparaît pour malversations, prévarication, faux en écritures publiques, escroquerie, fraude fiscale et blanchiment d’argent. Le procureur a demandé une peine de 16,5 ans de prison à l’encontre de son ancien associé, Diego Torres. Selon des sources judiciaires, MM. Urdangarin et Torres ont refusé de conclure un accord avec le parquet qui aurait pu leur accorder des réductions de peines s’ils avaient reconnu leur culpabilité. Le procureur a toujours considéré qu’ils avaient créé Noos dans « le seul but » de profiter du « prestige social de prétendues actions altruistes » et d' »avoir accès à des subventions ».

M. Horrach a réduit de onze à cinq ans d’emprisonnement la peine requise à l’encontre de l’ancien ministre conservateur (2000-2003) Jaume Matas, jugé en tant qu’ex-président des Baléares. Le parquet a tenu compte de ses « révélations » et de ses remboursements. M. Matas avait admis avoir donné l’ordre d’attribuer, sans appels d’offres, des contrats publics de 2,5 millions d’euros à la fondation présidée par l’ancien médaillé olympique Inaki Urdangarin parce qu’il était membre de la famille royale. L’affaire a terni l’image de la royauté au point de précipiter l’abdication du père de Cristina, Juan Carlos Ier, en 2014, et l’arrivée sur le trône du frère cadet de la princesse, Felipe VI.

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10 juin 2016 - 18h25