Les dossiers de la rédaction : Zone de police Midi, sans chef nommé depuis avril 2016

Il y a peu, la zone de police Midi annonçait la désignation de son nouveau chef de corps, Jurgen De Landsheer. C’était le 24 septembre. Moins de trois mois plus tard, la nomination est invalidée. Un épisode de plus dans une zone sous haute tension et sans patron nommé et en fonction depuis 2016.

Tout s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices. Au terme d’un examen validé par un jury présidé par le président du collège de Police, Eric Tomas (PS), bourgmestre d’Anderlecht, Patrick Evenepoel, commissaire divisionnaire et chef de corps faisant fonction depuis trois ans et demi, arrive en tête, suivi, à la deuxième place, de Jurgen De Landsheer. Selon la procédure, il revient ensuite au conseil de police de désigner formellement le nouveau chef de corps par un vote à bulletin secret. Alors qu’en règle générale, les conseillers suivent l’avis du jury, ce ne sera pas le cas ici : c’est Jurgen De Landsheer qui recueillera la majorité des voix. Plutôt inhabituel. “Certains étaient surpris, mais compte tenu des tensions qui traversent la zone, c’est un scénario qui avait été évoqué.”, nous indique une source proche du dossier. “Nous savions qu’un certain nombre de conseillers était mécontent du travail de l’actuel chef de corps faisant fonction.”, précise Eric Tomas. Sans grande surprise donc, De Landsheer est désigné. Encore faut-il motiver la décision, et c’est in fine au ministre de l’Intérieur de la valider.

Pour ce faire, le conseil de police fait appel à deux avocats qui rédigent un avis juridique. Celui-ci servira de base à la motivation adoptée le 21 octobre et envoyée ensuite au ministre de l’Intérieur. Problème : la décision du conseil de police de présenter De Lansheer comme chef de corps est annulée le 28 novembre par le ministre, qui juge la motivation insuffisante. Conséquence : le conseil de police doit produire une nouvelle motivation. Et la nomination est reportée à plusieurs mois, “pas avant fin février, début mars“, déplore Eric Tomas. Et en attendant, Patrick Evenepoel reste faisant fonction, dans une atmosphère que l’on n’imagine pas précisément sereine.

Zone de turbulences

Plus qu’une mésaventure circonstancielle, l’histoire est sans doute révélatrice des tensions qui traversent la zone. Au mois de septembre, un rapport de l’Inspection générale de police fuitait dans la presse … le jour-même où le nouveau chef de corps devait être désigné. Le document faisait état de problèmes de management, de conflits interpersonnels, et d’absence de structure forte. “Nous avons demandé à l’actuel et au futur chef de corps de répondre aux critiques de l’audit.”, explique Eric Tomas. “Pour cela, il faut une personne officiellement en charge.”, répond Frédéric Fortunato, du SNPS (Syndicat national du personnel de police et de sécurité), qui évoque, outre la charge de travail qui pèse sur le personnel et le manque de moyens humains, “une structure pas du tout adaptée aux missions qui lui incombent.”

Il  y a des querelles interpersonnelles à la direction de la zone mais aussi entre les trois bourgmestres (Eric Tomas (PS), bourgmestre d’Anderlecht; Charles Picqué (PS), bourgmestre de Saint-Gilles et Stéphane Roberti (Ecolo), bourgmestre de Forest NDLR) qui ne partagent pas la même ligne quant à la remise en question du travail zonal, au profit d’une décentralisation larvée.”, croit savoir Gaëtan Van Goidsenhoven (MR), membre du conseil de police et chef de groupe MR au conseil communal d’Anderlecht. “Les tensions existent également entre le politique et la zone“, nous indique-t-on. “Il faut d’urgence un chef de corps soutenu par une équipe loyale et par des élus locaux en accord avec ses orientations. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. “, affirme encore Frédéric Fortunato. Quant aux divisions entre maïeurs, Eric Tomas tempère : nous sommes sur la même longueur d’onde.

Le bourgmestre de Forest, Stéphane Roberti (Ecolo), rappelle que Patrick Evenepoel fait fonction depuis avril 2016. Depuis que son prédécesseur, Alphonse Peeters, a pris la direction de Bruxelles Prévention et Sécurité. “La priorité aujourd’hui c’est d’avoir un chef de corps nommé  le plus rapidement possible pour enfin s’attaquer aux dysfonctionnements dont souffre la zone.”

Certes … Encore faut-il que la procédure aboutisse, dans un délai raisonnable.

Sabine Ringelheim – BX1 

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11 décembre 2019 - 07h30