L’Europe est-elle toujours l’alliée des américains ? “L’OTAN nous entraine dans des guerres qui ne nous concernent pas”
Depuis les frappes menées par les États-Unis contre l’Iran, une question revient dans le débat public : quel rôle la Belgique, et plus largement l’Europe, doit-elle jouer face à cette escalade ? Faut-il soutenir ses alliés ou, au contraire, garder ses distances ? Invités de l’émission Bonsoir Bruxelles, les députés fédéraux Mathieu Michel (MR) et Nabil Boukili (PTB) ont livré leurs points de vue sur la question.
Les relations entre l’Europe et les États-Unis traversent une période de questionnement. Alliés historiques depuis la Seconde Guerre mondiale, les deux rives de l’Atlantique semblent aujourd’hui confrontées à de nouvelles tensions géopolitiques. La question se pose donc : l’Europe est-elle toujours un allié des Américains ?
Pour Mathieu Michel, député fédéral MR, l’évolution de la politique américaine impose à l’Europe une réflexion stratégique. Selon lui, Washington agit désormais de manière assumée dans la défense de ses propres priorités. “L’intérêt des USA aujourd’hui, ce sont les USA avant tout. La stratégie est à découvert au niveau des États-Unis : ils veulent dominer le monde et si ça se fait au détriment de l’Europe, tant pis pour l’Europe”, affirme-t-il.
Dans cette perspective, l’Europe doit cesser de se reposer sur un partenariat transatlantique considéré comme acquis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour le député, l’enjeu est désormais de construire une véritable souveraineté européenne.
Une Europe à deux vitesses
Le député fédéral du Mouvement réformateur pointe aussi les divisions internes de l’Union européenne. Selon lui, tous les États membres ne partagent pas la même ambition politique pour le projet européen. “On a une Europe aujourd’hui à deux vitesses. Une Europe qui veut être fière d’elle-même et construire sa souveraineté, et une autre qui est entrée dans l’Union par intérêt économique”, explique-t-il.
Face à cette réalité, il défend l’idée d’une intégration différenciée : un noyau d’États prêts à aller plus loin politiquement et stratégiquement, capable de renforcer la capacité d’action de l’Union. Pour lui, l’élargissement de l’Union européenne a aussi fragilisé sa cohésion. “On a créé un colosse aux pieds d’argile en élargissant toujours plus l’Europe. En élargissant la pâte européenne, on l’a rendue moins solide” explique-t-il.
Mathieu Michel estime que l’Europe pourrait s’opposer aux États-Unis… mais seulement si elle parvient à renforcer son unité et sa puissance politique. “Elle peut s’opposer seulement si, à un moment donné, elle est suffisamment solide dans son cœur”.
Selon lui, le poids stratégique de certains grands États européens s’est affaibli, rendant plus difficile l’émergence d’une position commune face aux grandes puissances.
Le rôle contesté de l’OTAN
La question de la sécurité collective et du rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord a également suscité un échange nourri.
Interrogé sur une éventuelle attaque contre des pays comme la Grèce ou la Turquie, membres de l’alliance, Mathieu Michel a rappelé l’importance de la solidarité militaire : “Si on veut que l’OTAN soit crédible, il faut être au rendez-vous. Mais les pays eux-mêmes doivent assumer leurs responsabilités. On s’est laissé mener dans une naïveté en pensant que les États-Unis seraient toujours au rendez-vous”.
De son côté, Nabil Boukili, député fédéral PTB, adopte une position beaucoup plus critique vis-à-vis de l’OTAN et du rôle des États-Unis dans la politique internationale : “L’OTAN nous entraîne dans des guerres qui ne nous concernent pas. On s’est engagé en Afghanistan ou en Libye alors que ce n’était pas dans notre intérêt”, déclare-t-il.
Il cite notamment les interventions liées à la Guerre d’Afghanistan (2001‑2021) et à l’intervention militaire lors de la Première guerre civile libyenne (2011).
Pour le député, l’Europe devrait revoir entièrement sa stratégie de sécurité: “La solution ne passera pas par l’OTAN. L’Union européenne doit aller vers une coopération avec le reste du monde pour assurer sa sécurité. On ne peut pas être en sécurité en Europe si on ne garantit pas la sécurité des autres”.
Si l’alliance entre l’Europe et les États-Unis reste l’un des piliers de l’ordre international depuis plus de 70 ans, leur relation est remise en question depuis les attaques menées contre l’Iran le 28 février dernier.
■Interview de Mathieu Michel et Nabil Boukili dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et de Jamila Saidi M’rabet
La Rédaction