Le médiateur de l’aéroport Philippe Touwaide suspendu de cette fonction pour un mois
Le médiateur de l’aéroport de Bruxelles-National Philippe Touwaide a été suspendu de cette fonction pour un mois, a indiqué mardi en commission de la Chambre le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Engagés). Vendredi dernier sur notre antenne, Philippe Touwaide indiquait n’avoir “strictement rien à se reprocher“.
“Mon administration a décidé de suspendre M. Touwaide pour une période d’un mois de sa fonction de médiateur. Cette période permettra au SPF Mobilité de faire toute la clarté sur le comportement répréhensible présumé” du principal intéressé. “S’il apparait que les faits qui lui sont reprochés sont fondés, mon administration prendra une décision en connaissance de cause“, a répondu le ministre aux questions de députés Anders (ex-Open Vld), Vlaams Belang, N-VA et Vooruit en commission Mobilité.
Les élus s’inquiétaient de plusieurs éléments autour du bien connu médiateur de l’aéroport. D’une part, une large enquête du Vif a révélé, il y a deux semaines, des “indices de conflit d’intérêts”, ou à tout le moins de potentielles erreurs ou maladresses qui posent question: Philippe Touwaide était, de 2002 à 2015, toujours mentionné comme administrateur délégué (parfois “empêché”) à plusieurs reprises dans des documents de l’Union belge contre les nuisances aériennes (UBCNA), une association de riverains, écrivait le Vif. Et cela alors qu’il était depuis 2001 à la tête du service de médiation de l’aéroport de Bruxelles-National, avec des périodes de détachement dans des cabinets ministériels. Le principal intéressé a affirmé auprès de l’hebdomadaire qu’il s’agissait d’une erreur administrative et de confusions au sein de l’UBCNA, la situation ayant été clarifiée par une déclaration “rétroactive” de démission publiée en 2017.
Parallèlement, Philippe Touwaide a été reconnu, en juin 2024, coupable de harcèlement et de calomnie envers des responsables de l’aéroport. Le juge lui a accordé la suspension du prononcé pour une période de 4 ans, à condition entre autres que le médiateur ne commette pas de nouveaux faits. Philippe Touwaide a fait appel de ce jugement (la Cour d’appel examinera le dossier en novembre), mais fait l’objet de nouvelles poursuites pour de nouveaux faits présumés de harcèlement. Le tribunal correctionnel de Bruxelles doit se prononcer le 1er avril à ce sujet.
Vendredi dernier sur notre antenne, Philippe Touwaide indiquait n’avoir “strictement rien à se reprocher“:
► L’interview en intégralité | Brussels Airport : “Je n’ai strictement rien à me reprocher” affirme Philippe Touwaide
Le ministre a répondu aux élus Anders, VB, N-VA et Vooruit qui le questionnaient avoir été lui aussi interpellé par l’article du Vif, et avoir immédiatement demandé des explications à son administration (le service de médiation est “autonome” mais a été créé au sein du SPF Mobilité). Tous les détails n’ont pas encore été éclaircis, a admis le ministre. Sur base de la communication de l’UBCNA de 2017, il peut sembler qu’il y a eu combinaison de fonctions normalement incompatibles, mais il “convient d’examiner de manière plus approfondie s’il y a effectivement eu un problème sur lequel on pourrait ou devrait encore agir“, indique Jean-Luc Crucke. “Sur le contenu, on peut en effet se poser des questions sur la validité juridique de la procédure”, note-t-il encore.
Ces questions n’ont pas encore de réponse. L’administration a contacté Philippe Touwaide, lui demandant de faire toute la clarté sur cet embrouillamini administratif “dans les 5 jours”. Elle prendra “les mesures nécessaires” par la suite, ajoute le ministre.
“La relation entre les riverains et l’aéroport est devenue particulièrement acide“, avait observé le libéral Kjell Vander Elst. Les débats qu’ils sont amenés à mener ne sont “pas faciles”, entre problématique du bruit, routes de vol, etc. “Il faut quelqu’un de neutre et d’objectif“, a-t-il appuyé, estimant que les différents éléments révélés par la presse au sujet de Philippe Touwaide rendent “impossible de fonctionner correctement comme ombudsman“. N-VA et Vooruit se posent quant à eux des questions sur les possibilités d’évaluation du travail du médiateur, et sur les garanties légales de son indépendance.
Le ministre a reconnu qu’il n’y a actuellement pas de rapports d’évaluation spécifiques sur le directeur (conseiller)-coordinateur. Mais le débat sur un nouveau cadre légal pour le service de médiation a déjà au moins partiellement eu lieu, a-t-il observé. Des articles d’une loi d’avril 2010, jamais exécutée, pourraient servir de base, ajoute-t-il. Il était alors question d’un mandat de cinq ans renouvelable une fois. La fonction de médiateur est en tout cas “essentielle”, et son indépendance ne peut pas être remise en question, a insisté Jean-Luc Crucke.
Au sujet de la procédure judiciaire pour harcèlement, le ministre a appelé à la “prudence avant de tirer des conclusions“. Vu qu’appel a été interjeté, la présomption d’innocence reste valable, a-t-il indiqué en substance. Quant à la seconde procédure, dans laquelle le parquet a requis une peine de prison, “je suivrai avec attention la décision du juge“, attendue en avril. Il a été demandé à l’administration d’entendre Philippe Touwaide sur les faits qui lui sont reprochés, et “l’instance disciplinaire compétente” prendra ensuite la décision adéquate, indique Jean-Luc Crucke.
Avec Belga – Photo Belga