Affaire de sexisme à la Stib : des conductrices dénoncent le malaise dans un courrier
Des conductrices de métro de la Stib ont écrit mercredi à la députée bruxelloise Sofia Bennani (Les Engagés) et au président de son parti, Yvan Verougstraete, pour dénoncer les effets de la médiatisation d’une affaire de comportements sexistes évoquée fin janvier dans la presse.
Dans ce courrier, que Belga a pu consulter, elles regrettent la sortie publique de l’élue le 22 janvier et la transmission à la presse d’un document interne datant de décembre, alors qu’une enquête était en cours.
Le fond de l’affaire concerne l’existence d’un groupe WhatsApp privé réunissant des conducteurs de métro, au sein duquel auraient circulé des échanges à caractère sexiste. Selon un courrier interne de la Business Unit Metro, révélé par La Dernière Heure, des conductrices y auraient été classées ou commentées selon des critères sexuels. La Stib a qualifié ces faits d'”extrêmement graves”, contraires à la loi, à son règlement de travail et à ses valeurs.
Dans leur lettre, les conductrices expliquent faire face, depuis la parution des articles, à une recrudescence de comportements déplacés de la part de voyageurs, comme des sifflements ou des remarques sexistes. Elles évoquent aussi une stigmatisation de leurs collègues masculins et un climat de malaise. Les commentaires sur les réseaux sociaux sont décrits comme “violents, sexistes, racistes et discriminatoires”, suscitant des inquiétudes chez leurs proches quant à leur sécurité au travail.
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Les signataires assurent que l’affaire est plus complexe que ce qui a été présenté publiquement et qu’elle ne concerne qu’un nombre très limité de personnes. Elles précisent ne pas se considérer comme des victimes dans leur cadre professionnel et affirment travailler dans un climat globalement positif, qu’elles souhaitent préserver. Elles regrettent une communication jugée trop univoque et l’absence de concertation avec les personnes directement concernées.
De son côté, la Stib a réaffirmé mercredi prendre “avec le plus grand sérieux” tout fait de sexisme, de harcèlement ou d’atteinte à la dignité. L’entreprise indique avoir réagi dès qu’elle a été informée de propos potentiellement problématiques diffusés sur un groupe WhatsApp privé, en adressant un rappel interne sur le caractère strictement interdit et pénalement répréhensible de tels comportements, ainsi que sur les sanctions disciplinaires encourues. Une enquête interne a été ouverte et plusieurs collaborateurs cités ont été convoqués et entendus, dans le respect des règles de procédure, du droit à la défense et de la présomption d’innocence.
À ce stade, aucun élément matériel probant n’a toutefois été communiqué à la Stib permettant d’identifier formellement les protagonistes ni la teneur exacte des propos. L’entreprise souligne avoir choisi de traiter la situation dans un cadre interne afin d’éviter toute stigmatisation prématurée d’un corps de métier et réaffirme sa politique de tolérance zéro, tout en poursuivant ses actions de prévention, de sensibilisation et de formation en matière de respect au travail et d’égalité entre les femmes et les hommes.
Sofia Bennani réagit
“Les faits que j’ai dénoncés publiquement ne reposent ni sur des rumeurs ni sur une source unique mais bien sur une note interne. J’ai été alertée par plusieurs sources distinctes et concordantes de l’existence de deux groupes WhatsApp réunissant des conducteurs de métro, au sein duquel auraient circulé des échanges à caractère sexistes. Même si ces faits ne concernent qu’une minorité de personnes au sein de la STIB, cela ne diminue en rien leur gravité ni la nécessité de les dénoncer“, réagit par communiqué Sofia Bennani.
“Je condamne avec la plus grande fermeté toute forme de sexisme et autres formes de discrimination. Et je déplore le fait qu’en 2026, quand des faits de sexisme sont dénoncés, les femmes sont encore bien trop souvent la cible d’une deuxième vague de harcèlement, venant s’ajouter aux violences initiales, comme le vivent aujourd’hui certaines travailleuses de la STIB. Mon rôle, en tant que députée, est précisément de dénoncer ce type de comportements, en particulier dans un secteur où les femmes ne représentent qu’environ 6 % des effectifs. Mon intervention s’inscrit pleinement dans le cadre de mes fonctions de députée régionale. La STIB est une entreprise publique relevant de la tutelle du gouvernement bruxellois. À ce titre, il est de mon devoir d’exercer un contrôle démocratique sur l’action du gouvernement qui en a la tutelle et d’intervenir lorsque des faits aussi graves sont portés à ma connaissance.”
“Je tiens également à souligner que mon engagement s’inscrit dans une démarche de dialogue et de respect. Je suis donc disposée à rencontrer les conductrices concernées ainsi que la rédactrice du courrier afin d’échanger sereinement, d’entendre les ressentis et de contribuer à l’apaisement du climat.”
Avec Belga