Réforme des pensions: “Le métier de cheminot d’il y a 80 ans est moins pénible qu’aujourd’hui”, déclare Ismael Nuino
Ce mardi soir, dans l’émission Bonsoir Bruxelles, le débat a été particulièrement vif entre Marianne Lerouge, responsable rail CSC Transcom, et Ismael Nuino, député fédéral Les Engagés. Invités pour discuter du statut des cheminots et des réformes à venir, les deux intervenants se sont opposés sur un point sensible : la réforme des pensions.
Le relèvement progressif de l’âge de départ à la pension à 67 ans , alors qu’il est actuellement possible de partir à 60 ans, voire à 55 ans dans certains cas, figure parmi les principales revendications contestées par les cheminots. Selon les syndicats, cette réforme pourrait entraîner des pertes financières importantes pour les travailleurs du rail.
Pour Ismael Nuino, député fédéral pour Les Engagés, la réforme des pensions dépasse largement le seul cadre du rail. “Il y a une volonté d’harmonisation de manière générale, et le problème des pensions n’est pas celui des cheminots“, a-t-il affirmé. Le député insiste sur la nécessité de préserver un système qu’il juge sous forte pression financière. Selon lui, la trajectoire des dépenses est alarmante : le coût des pensions, évalué à 36 milliards d’euros en 2013, atteindrait 72 milliards en 2026. “Il y a donc un vrai enjeu de pérennité. Il faut faire en sorte que demain, on soit en capacité de payer les pensions des personnes qui travaillent aujourd’hui“, explique-t-il, justifiant ainsi la nécessité de réformes structurelles.
Sur la pénibilité du métier, Ismael Nuino nuance : “Le métier de cheminot d’il y a 80 ans est moins pénible qu’aujourd’hui, c’est un élément“, souligne-t-il. Il rappelle également que l’augmentation de l’âge légal se fera progressivement jusqu’en 2062 et assure que tous les droits acquis des cheminots statutaires seront garantis.
Une lecture vivement contestée par Marianne Lerouge. Pour la responsable rail de la CSC Transcom, si le métier a évolué, la pénibilité reste bien réelle. “Le métier de cheminot est différemment pénible qu’avant. Il y a évidemment des évolutions technologiques, mais il reste énormément de pénibilité que ce soit au niveau des horaires qui sont totalement atypiques, contrairement à d’autres métiers plus sédentaires“, insiste-t-elle.
Pour Marianne Lerouge, le cœur du problème est ailleurs. “Le combat, c’est cette volonté du gouvernement Arizona d’harmoniser tout le monde vers le bas et de faire des économies“, affirme-t-elle. Selon la responsable rail, les deux grandes réformes — sur le statut et sur les pensions — poursuivent un même objectif : “aller chercher de l’argent sur le dos des travailleurs“.
Ces échanges interviennent alors que le gouvernement Arizona, via le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke, souhaite préparer la SNCB à la libéralisation du transport ferroviaire de voyageurs en 2032. Dans ce cadre, le recrutement statutaire devrait disparaître d’ici 2028, au profit de contrats à durée indéterminée classiques.
Près d’un millier de cheminots se sont rassemblés récemment place de l’Albertine à Bruxelles pour dénoncer ces réformes. Depuis janvier 2025, le conflit social s’est intensifié, avec plus de trente journées d’actions. La grève tournante actuellement en cours doit se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine.
■Interview de Marianne Lerouge et Ismael Nuino dans Bonsoir Bruxelles, au micro de Fabrice Grosfilley et de Jamila Saidi M’rabet
La Rédaction