Rue de la Loi : pourquoi nous organisons le débat de tous les Bruxellois

Le débat politique bruxellois existe-t-il ? Si oui, dans quel lieu se tient-il ?  La question peut paraître provocante, mais à 4 semaines d’une élection régionale, elle se pose vraiment.

Lundi 6 mai, BX1 organisera en exclusivité un débat avec 12 têtes de listes, néerlandophones et francophones mélangés sur un seul et même plateau (enregistrement le lundi soir, diffusion le mardi 7 à 18h30). Douze têtes de liste dans un seul et même débat, c’est un pari journalistique osé : il faudra être rigoureux dans la gestion des temps de paroles, concentrer les échanges sur les questions essentielles, et nous savons que l’interaction sera limitée et les frustrations nombreuses.  Nous avons retenu pour cet exercice les formations démocratiques qui disposaient d’au moins un élu dans l’assemblée régionale sortante (il y a au total 24 listes enregistrées). Même imparfait un tel débat reste rare : en campagne électorale, chacun se replie sur sa communauté. Les candidats francophones et néerlandophones ne se croisent presque jamais.

Cette situation est la conséquence d’une conception historique de la Région bruxelloise. A sa création, en 1989, la Région a donc été pensée comme un espace où il fallait assurer la coexistence des francophones et des néerlandophones. La coexistence, pas la fusion, ni même le mariage. Les institutions régionales ont donc été conçues au service de cette vision “bicommunautaire” :

  • le même nombre de ministres néerlandophones et francophones au sein du gouvernement régional (le ministre-président et les secrétaires d’Etat permettent de contourner ce carcan)
  • des institutions séparées pour les matières culturelles et sociales (la COCOF pour les francophones, la VGC pour les néerlandophones)
  • depuis 2001 un nombre de parlementaires régionaux artificiellement fixé à 17 pour les néerlandophones et à 72 pour les francophones (afin de garantir une représentation minimale des néerlandophones dans toutes les commissions du parlement).

Le 26 mai, l’électeur bruxellois devra ainsi choisir entre un collège francophone et un collège néerlandophone : ce ne sont pas les mêmes listes qui lui seront alors proposées. Et les électeurs néerlandophones devront en outre désigner 6 représentants qui siégeront au parlement flamand.

Cette vision politique ne correspond plus aux enjeux de la ville d’aujourd’hui, avec 2 habitants sur 3 qui ont des origines étrangères, la division entre flamands et francophones peut sembler obsolète. Un Bruxellois sur 3 ne possède d’ailleurs pas la nationalité belge, et ne sera donc pas autorisé à voter le 26 mai. Il n’empêche : ces institutions existent, il s’agit de les faire fonctionner et cette situation s’impose à nous.

Cette division institutionnelle est encore renforcée par des médias quasiment tous unilingues. Conclusion : les francophones mènent campagne dans les médias francophones, les néerlandophones font la même chose de leur coté et les moments d’interaction restent l’exception. Puisque néerlandophones et francophones devront malgré tout gouverner ensemble après l’élection il nous a semblé donc légitime de les amener à croiser leurs points de vue avant le scrutin. Et de permettre aux électeurs de poser un choix en étant informés aussi des propositions qui circulent dans l’autre communauté. C’est, très modestement, cet espace politique commun que nous tenterons de créer dans ce débat organisé au W:HALL, le centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre (l’entrée est gratuite, le public pourra poser quelques questions, mais il faut s’inscrire à l’avance en envoyant  un e-mail à debat@woluwe1150.be ou en  téléphonant  au 02/773.05.62). Parce-que nous faisons le pari à BX1 que la politique vous intéresse, et que le débat doit rassembler tous les Bruxellois, quelque soit leur origine ou leur langue.

 

 

 

 

 

 

 

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03 mai 2019 - 13h05